LIVRE I, CHAPITRE XIII.
321
Hans les choses de peu si tu ne te commandes,
Ris, quand te pourras-tu surmonter dans les grandes ?
désiste dans l’entrée aux inclinationsQt*e jettent dans ton cœur tes folles passions ;
Vois combien ces douceurs enfantent d’amertumes;^épouille entièrement tes mauvaises coutumes;Leur appât dangereux, chaque fois qu’il surprend,Lorme insensiblement un obstacle plus grand.
Enfin règle ta vie ; et vois, si tu te changes,
Qoe de paix en toi-même, et que de joie aux anges !Ah! si tu le voyais, tu serais plus constantA courir sans relâche au bonheur qui t’attend ;lo prendrais plus de soins de nourrir en ton âme
La
sainte et vive ardeur d’une céleste flamme,
Et) tâchant de l’accroître à toute heure, en tout lieu,Chaque instant de tes jours serait un pas vers Dieu.
CHAPITRE XII.
DES UTILITÉS DE L’ADVERSITÉ.
Il cesserait d’avoir recoursAux consolations humaines,
Si contre la rigueur de ses plus rudes peinesIl voyait un si prompt secours.
Lorsque l’âme du juste est vivement presséeD’une imprévue affliction ;
Qu’elle sent les assauts de la tentation,
Ou l’effort insolent d’une indigne pensée,
Elle voit mieux qu’un tel appuiA sa faiblesse est nécessaire,
Et que, quoi qu’elle fasse, elle ne peut rien faireNi de grand ni de bon sans lui.
Alors elle gémit, elle pleure, elle prie,
Dans un destin si rigoureux;
Elle importune Dieu pour ce trépas heureuxQui la doit affranchir d’une ennuyeuse vie ;
Et la soif des souverains biens,
Que dans le ciel fait sa présence,
Forme en elle une digne et sainte impatienceDe rompre ses tristes liens.
H est bon quelquefois de sentir des traversesEt d’en éprouver la rigueur ;
Elles rappellent l’homme au milieu de son cœur,
Et peignent à ses yeux ses misères diverses;
Elles lui font clairement voirQu’il n’est qu’en exil en ce monde,
Et par un prompt dégoût empêchent qu’il n’y fondeOu son amour ou son espoir.
Alors elle aperçoit combien d’inquiétudesEmpoisonnent tous nos plaisirs,
Combien de prompts revers troublent tous nos désirs.Combien nos amitiés trouvent d’ingratitudes,
Et voit avec plus de clartéQu’on ne rencontre point au mondeN i de solide paix, ni de douceur profonde,
Ni de parfaite sûreté.
H est avantageux qu’on blâme, qu’on censureNos plus sincères actions,
VU on prête des couleurs à nos intentionsLeur en faire une fausse et honteuse peinture :Le coup de cette indignitéRabat en nous la vaine gloire,l ssip e ses va p eurs 5 et rend à la mémoireLe souci de l’humilité.
Cet
ln juste mépris dont nous couvrent les hommes
Réveille un zèle languissant,
^ P°usse nos soupirs aux pieds du Tout-Puissant,V ui voit notre pensée, et sait ce que nous sommes :
La conscience en ce besoing A cherche aussitôt sou refuge,
1 Sa juste douleur l’appelle pour seul j uge,
Comme il en est le seul témoin.
Aussi l’homme devrait s’affermir en sa grâce,p S’unir à lui parfaitement,
°ur n’avoir plus besoin du vain soulagementau défaut du solide à toute heure il embrasse :corneille. — tome il
CHAPITRE XIII.
DE LA BÉSISTANCE AUX TENTATIONS.
Tant que le sang bout dans nos veines,
Tant que l’âme soutient le corps,
Nous avons à combattre et dedans et dehorsLes tentations et les peines.
Aussi, toi qui mis tant de mauxAu-dessous de ta patience,
Toi qu’une sainte expérienceEndurcit à tous leurs assauts,
Job, tu l’as souvent dit, que l’homme sur la terreTrouvait toute sa vie une immortelle guerre.
Il doit donc en toute saison,
Tenir l’œil ouvert sur soi-mêmeEt sans cesse opposer à ce péril extrêmeLa vigilance et l’oraison :
Ainsi jamais il n’est la proieDu lion toujours rugissant,
Qui, pour surprendre l’innocent,
21