Band 
Tome second.
Seite
349
JPEG-Download
 

349

LIVRE II, CHAPITRE VII.

L’homme ne voit que le visage,

Mais Dieu voit jusqu’au fond du cœur;

L’homme des actions voit la vaine splendeur,

Mais Dieuconnaît leur source, et voit dans le courageOu leur souillure ou leur candeur.

Fais toujours bien, et fuis le crime,

Sans t’en donner de vanité ;

Lu mépris de toi-même arme ta sainteté :

Bien vivre et ne s’enfler d’aucune propre estime,C’est la parfaite humilité.

Qu’autre amour que le sien puisse entrer en partage,Ni du cœur qu’il prend en otage,

Ni des vœux qu’on lui doit offrir.

Aussi tout autre objet n’a qu’un amour trompeurQui naît et se dissipe ainsi qu’une vapeur,

Et dont la foi douteuse est souvent parjurée :

Le seul Jésus-Christ aime avec fidélité,

Et son amour, pareil à sa source épurée,

N’a pour bornes de sa duréeQue celles de l’éternité.

La marque d’une âme bien pureQui hors de Dieu ne cherche rien,

Lt met en ses bontés son unique soutien,

C’est d’être sans désirs qu’aucune créatureEn dise ou pense quelque bien.

Cette sévère négligenceDes témoignages du dehorsBour l’attacher à Dieu réunit ses efforts,

Lt l’abandonne entière à cette ProvidenceQu’adorent ses heureux transports.

» Ce n’est pas celui qui se loue,

« Dit saint Paul, qui sera sauvé ;

“ Qui s’approuve soi-même est souvent réprouvé;

" Et c’est celui-là seul que ce grand Maître avoue« Qui pour sa gloire est réservé. »

Enfin cheminer dans sa voie,

Faire avec lui forte union,e se lier ailleurs d’aucune affection,

«voir que lui pour but, que son amour pour joie,C’est l’entière perfection.

CHAPITRE VII.

u’amouh DE JÉSUS-christ par-dessus toutes

CHOSES.

Oh!

^*t goûter ce que c’est que d’aimer Jésus-Christ,^joindre à cet amour le mépris de soi-même!

1 • qu’heureux est celui qui se laisse charmerx célestes attraits de sa beauté suprêmeJusqu’à quitter tout ce qu’il aimePour un Dieu qu’il faut seul aimer!

L® doux et saint tyran de notre affection

. ( e la jalousie et de l’ambition ;

jj uc régner lui seul sur tout notre courage;

Ve ut être aimé seul, et ne saurait souffrir

• qu’heureux est celui qui de cœur et d’esprit

Qui de la créature embrasse les appasTrébuchera comme elle et suivra pas à pasD’un si fragile appui le débris infaillible :

L’amour de Jésus-Christ, a tout un autre effet;

Qui le sait embrasser en devient invincible,

Et sa défaite est impossibleAu temps, par qui tout est défait.

Aime-Ie donc, chrétien, comme le seul amiQui puisse enfin te faire un bonheur affermi,

Et sans cesse à ta perte opposer son mérite ;

Attends de tout le reste un entier abandon,

Puisque c’est une loi dans le ciel même écrite,

Qu’il faut un jour que tout te quitte,

Soit que tu le veuilles, ou non.

Vis et meurs en ce Dieu qui seul peut secourir,

Tant que dure la vie, et lorsqu’il faut mourir,

Les faiblesses qu’en l’homme imprime la naissance :Il donnera la main à ton infirmité.;

Et la profusion de sa reconnaissanceSaura réparer l’impuissanceDe ce tout qui t’aura quitté.

Mais, je te le redis, il est amant jaloux,

Il est ambitieux, et s'éloigne de nousSitôt que notre cœur pour un autre soupire ;

Et si comme en son trône il n’est seul dans ce cœur,Un orgueil adorable a ses bontés inspireLe dédain d’un honteux empireQue partage un autre vainqueur.

Si, de la créature entièrement purgé,

Tu lui savais offrir le tien tout dégagé,

Il y prendrait soudain la place qu’il veut prendre :

Tu lui dois tous tes vœux ; et ce qu’un lâche emploiSur de plus bas objets en fera se répandre,

Quoi que tu veuilles en attendre,

C’est autant de perdu pour toi.

Ne mets point ton espoir sur un frêle roseau

Qui penche au gré du vent, qui branleaugréde l’eau,