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L’IMITATION DE JÉSUS-CHRIST.
Sur le monde en un mot, ni suï sa flatterie;
Sa gloire n’est qu’un songe, et ce qu’il en fait voirPour surprendre un moment de folle rêverie,
Comme la fleur de la prairie,
Tombera du matin au soir.
Tu seras tôt déçu, si tu n’ouvres les yeuxQu’à ces dehors brillants qu’étale sous les cieuxDe tant de vanités l’éblouissante image ;
Tu croiras y trouver un plein soulagement,
Tu croiras y trouver un solide avantage,
Pour n’y trouver à ton dommage j
Qu’un déplorable amusement.
Qui cherche Dieu partout sait le trouver ici ;
Qui se cherche partout sait se trouver aussi :
Mais, par un heur funeste où sa perte se fonde,
Il n’a point d’ennemis de qui le coup fatalPuisse faire une plaie en son cœur si profonde,
Et les forces de tout un mondePour lui nuire n’ont rien d’égal.
CHAPITRE VIII.
DE L’AMITIÉ FAMILIÈRE DE JÉSUS-CHRIST.
Que ta présence, ô Dieu, donne à nos actionsSous tes ordres sacrés une vigueur docile!
Que tout va bien alors! que tout semble facileA la sainte chaleur de nos intentions !
Mais quand tu disparais et que ta main puissanteAvec nos bons désirs n’entre plus au combat,
Oh ! que cette vigueur est soudain languissante !Qu’aisément elle s’épouvante,
Et qu’un faible ennemi l’abat!
Les consolations des sens irrésolus
Tiennent le cœur en trouble et l’âme embarrassée,
Si .1 ésus-Christ ne parle au fond de la penséeCe langage secret qu’entendent ses élus ; [rôle,Mais dans nos plus grands maux, à sa moindre pa-L’âine prend le dessus de notre infirmité,
Et le cœur, mieux instruit en cette haute école,Garde un calme qui nous consoleDe toute leur indignité.
Tu pleurais, Madeleine, et ton frère au tombeauNe souffrait point de trêve à ta douleur fidèle;
Mais à peine on te dit : « Viens, le Maître t’appelle, »Tu te lèves, tu pars, et ta douleur suivieDes doux empressements d’un amoureux transport,Laissant régner la joie en ton âme ravie,
Pour chercher l’Auteur de la vie,
Ne voit plus ce qu’a fait la mort.
Qu’heureux est ce moment où ce Dieu de nos cœursD’un profond déplaisir les élève à la joie!
Qu’heureux est ce moment où sa bonté déploieSur un gros d’amertume un peu de ses douceurs !Sans lui ton âme aride à mille maux t’expose,
Tu n’es que dureté, qu’impuissance, qu’ennui ;
Et vraiment fol est l’homme alors qu’il se proposeLe vain désir de quelque choseQu’il faille chercher hors de lui.
Sais-tu ce que tu perds en son éloignement?
Tu perds une présence en vrais biens si féconde,Qu’après avoir perdu tous les sceptres du monde,Tu perdrais encor plus à la perdre un moment.
Vois bien ce qu’est ce monde, et te figure stableLe plus pompeux éclat qui jamais t’y surprit :
Que te peut-il donner qui soit considérable,
Si les présents dont il t’accableTe séparent de Jésus-Ghrist?
Sa présence est pour nous un charmant paradis,C’est un cruel enfer pour nous que son absence,
Et c’est elle qui fait la plus haute distanceDu sort des bienheureux à celui des maudits :
Si tu peux dans sa vue en tous lieux te conduire,
Tu te mets en état de triompher de tout;
Tu n’as plus d’ennemis assez forts pour te nuire,
Et, s’ils pensent à te détruire,
Us n’en sauraient venir à bout.
Qui trouve Jésus-Christ trouve un rare trésor,
11 trouveunbien plus grand que leplus grand empireQui le perd, perd beaucoup; et, j’ose le redire,
S’il perdait tout un monde, il perdrait moins encorQui le laisse échapper par quelque négligence,Regorgeât-il de biens, il est pauvre en effet ;
Et qui peut avec lui vivre en intelligence,
Fût-il noyé dans l’indigence,
Il est et riche et satisfait.
Oh! que c’est un grand art que de savoir unirPar un saint entretien Jésus à sa faiblesse!
Oh! qu’on a de prudence alors qu’on a l’adresse,Quand il entre au dedans, de l’y bien retenir !
Pour l’attirer chez toi rends ton âme humble et pureSois paisible et dévot pour l’y voir arrêté ;
Sa demeure avec nous au zèle se mesure,
Et la dévotion assureCe que gagne l’humilité.
Mais parmi les douceurs qu’on goûte à l’embrasserIl ne faut qu’un moment pour nous ravir sa grâce :Pencher vers ces faux biens que le dehors entasse,C’est de ton propre cœur toi-même le chasser.