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Tome second.
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LIVRE II, CHAPITRE IX.

Que si tu perds l'appui de sa main redoutable,

Où pourra dans tes maux ton âme avoir recours ?Où prendra-t-elle ailleurs un appui véritable,

Et qui sera l’ami capableDe te prêter quelques secours ?

Aime ; pour vivre heureux il te faut vivre aimé,

Il te faut des amis qui soient digues de l’être ;

Mais, si par-dessus eux tu n’aimes ce grand Maître,Ton cœur d’un long ennui se verra consumé :Crois-en ou ta raison ou ton expérience :

Toutes deux te diront qu’il n’est point d’autre bien,Et que c’est au chagrin livrer ta conscienceQue prendre joie ou confianceSur un autre amour que le sien.

Tu dois plutôt choisir d’attirer sur tes brasL’orgueil de tout un monde animé de colère,

Que d’offenser Jésus, que d’oser lui déplaire,

Que de vivre un moment et ne le chérir pas.Lonne-lui tout ton cœur et toutes tes tendresses ;Et, ne souffrant chez toi personne en même rang,Réponds en quelque sorte à ces pleines largessesQui pour acheter tes caressesLui firent donner tout son sang.

Que tous s’entr’aiment donc à cause de Jésus,

Pour n’aimer que Jésus à cause de lui-même;Pendons cette justice à sa bonté suprêmeQui

sur tous les amis lui donne le dessus;

En lui seul, pour lui seul,tous ceux qu’il a fait naître,Tant ennemis qu’amis, il les faut tous aimer,

Et demander pour tous à l’Auteur de leur êtreEt la grâce de le connaîtreEt l’heur de s’en laisser charmer.

désire d’amour ni d’estime pour toiQui passant le commun te sépare du reste.

E’est un droit qui n’est dû qu’à la grandeur célesteU| i Dieu qui là-haut même est seul égal à soi.

D'

Ne

souhaite régner dans le cœur de personne;

Ee fais régner non plus personne dans le tien ;

"tais qu’au seul Jésus-Christ tout ce cœur s’aban-Que Jésus-Christ seul en ordonne [donne,Comme chez tous les gens de bien.

j^-toi d’esclavage, et sache te purgere ces vains embarras que font les créatures ;ache-s-en effacer jusqu’aux moindres teintures;0 mps jusqu’aux moindres nœuds qui puissent t’en-®ns ce détachement tu trouveras des ailes [gager,p porteront ton cœur jusqu’aux pieds de ton Dieu;°ur y voir et goûter ces douceurs immortellesQue dans celui de ses fidèlesSa bonté répand en tout lieu.

Mais ne crois pas atteindre à cette puretéA moins que de là-haut sa grâce te prévienne,

A moins qu’elle t’attire, à moins qu’elle soutienneLes efforts chancelants de ta légèreté :

Alors, par le secours de sa pleine efficace,

Tous autres nœuds brisés, tout autre objet banni,Seul hôte de toi-même, et maître de la place,

Tu verras cette même grâceT’unir à cet Être infini.

Aussitôt que du ciel dans l’homme elle descend,

Il n’a plus aucun faible, il peut tout entreprendre,L’impression du bras qui daigne la reprendreD’infirme qu’il était l’a rendu tout-puissant;

Mais sitôt que ce bras la retire en arrière,

L’homme dénué, pauvre, accablé de malheurs,

Et livré par lui-même à sa faiblesse entière,

Semble ne voir plus la lumièreQue pour être en proie aux douleurs.

Ne perds pas toutefois le courage ou l’espoirPour sentir cette grâce ou partie ou moins vive,

Mais présente un cœur ferme à tout ce qui t’arrive,Et bénis de ton Dieu le souverain vouloir. [gage,Dans quelque excès d’ennuis qu’un tel départ t’en-Souffre tout pour sa gloire attendant le retour,

Et songe qu’au printemps l’hiver sert de passage,Qu’un profond calme suit l’orage,

Et que la nuit fait place au jour.

CHAPITRE IX.

DU MANQUEMENT DE TOUTE SORTE DECONSOLATIONS.

Notre âme néglige sans peineLa consolation humaineQuand la divine la remplit :

Une sainte fierté dans ce dédain nous jette,

Et la parfaite joie aisément établitL’heureux mépris de l’imparfaite.

Mais du côté de Dieu demeurer sans douceurQuand nous foulons aux pieds toute celle du mondeAccepter pour sa gloire une langueur profonde,

Un exil où lui-même il abîme le cœur;

Ne nous chercher en rien alors qiie tout nous quitte;Ne vouloir rien qui plaise alors que tout déplaît,N’envoyer ni désirs vers le propre intérêt,

Ni regards échappés vers le propre mérite,

C’est un effort si grand, qu’il se faut éleverAu-dessus de toutl’homine avant que l’entreprendre :