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CHAPITRE III.
LIVRE III,
“ Quoique tu sois le seul qu’ici-bas je redoute,
" C’est toi seul qu’ici-bas je souhaite d’ouïr :
11 Parle donc, ô mon Dieu ! ton serviteur écoute,
« Et te veut obéir. »
Je ne veux ni Moïse à m’enseigner tes voies,
Ni quelque autre prophète à m’expliquer tes lois;C’est toi, qui les instruis, c’est toi qui les envoies,Dont je cherche la voix.
Comme c’est de toi seul qu’ils ont tous ces lumièresÛont la grâce par eux éclaire notre foi ;
Tu peux bien sans eux tous me les donner entières,Mais eux tous rien sans toi.
Us peuvent répéter le son de tes paroles,
Mais il n’est pas en eux d’en conférer l’esprit,
Et leurs discours sans toi passent pour si frivoles,Que souvent on s’en rit.
Qu’ils parlent hautement, qu’ils disent des merveilles,Qu’ils déclarent ton ordre avec pleine vigueur :
Si tu ne parles point, ils frappent les oreillesSans émouvoir le cœur.
Es sèment la parole obscure, simple et nue ;
Mais dans l’obscurité tu rends l’œil clairvoyant,
Et joins du haut du ciel à la lettre qui tueL’esprit vivifiant.
Eeur bouche sous l’énigme annonce le mystère,
Mais tu nous en fais voir le sens le plus caché ;
Es nous prêchent tes lois, mais ton secours fait faireTout ce qu’ils ont prêché.
Es montrent le chemin, mais tu donnes la forceE y porter tous nos pas, d’y marcher jusqu'au bout ;Et tout ce qui vient d’eux ne passe point l’écorce ;Mais tu pénètres tout.
Es n’arrosent sans toi que les dehors de l'âme,
Mais sa fécondité veut ton bras souverain;
Et tout ce qui l’éclaire et tout ce qui l’enflamAieNe part que de ta main.
Ees prophètes enfin ont beau crier et dire,ne sont que des voix, ce ne sont que des cris,
Ei pour en profiter l’esprit qui les inspireNe touche nos esprits.
E’ience donc, Moïse, et toi, parle en sa place,éternelle, immuable, immense Vérité;ar 'e, que je ne meure enfoncé dans la glaceDe ma stérilité.
C’est mourir en effet qu’à ta faveur célesteNe rendre point pour fruit des désirs plus ardents;Et l’avis du dehors n’a rien que de funesteS’il n’échauffe au dedans.
Cet avis écouté seulement par caprice,
Gonnu sans être aimé, cru sans être observé,
C’est ce qui vraiment tue, et sur quoi ta justiceCondamne un réprouvé.
Parle donc, ô mon Dieu! ton serviteur fidèlePour écouter ta voix réunit tous ses sens,
Et trouve les douceurs de la vie éternelleEn ses divins accents.
Parle, pour consoler mon âme inquiétée ;
Parle, pour la conduire à quelque amendement;Parle, afin que ta gloire ainsi plus exaltéeCroisse éternellement.
CHAPITRE III.
qu’il faut écouter les taroles de dieu
AVEC HUMILITÉ.
Écoute donc, mon fils, écoute mes paroles,
Elles ont des douceurs qu’on ne peut concevoir;Elles passent de loin cet orgueilleux savoirQue la philosophie étale en ses écoles;
Elles passent de loin ces discours éclatantsQui semblent dérober à l’injure des tempsCes fantômes pompeux de. sagesse mondaine.;
Elles ne sont que vie, elles ne sont qu’esprit :
Riais la témérité de la prudence humaineJamais ne les comprit.
N’en juge point par là ; leur goût deviendrait fadeSi tu les confondais avec ce vil emploi,
Ou si ta complaisance amoureuse de toiN’avait autre dessein que d'en faire parade :
Ces sources de lumière et de sincéritéDédaignent tout mélange avec la vanité,
Et veulent de ton cœur les respects du silence;
Tu les dois recevoir avec soumission,
Et n’en peux profiter que par la violenceDe ton affection.
Heureux l’homme dont la ferveurObtient de toi cette haute faveurQue ta main daigne le conduire!
Heureux, ô Dieu! celui-là que ta voixElle-même prend soin d’instruireDu saint usage de tes lois !