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Tome second.
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LIMITATION DE JÉSUS-CHRIST.

Cet inépuisable secoursAdoucira pour lui ces mauvais joursOù tu t’armeras du tonnerre :

Il verra lors son bonheur dévoilé,

Et, tant qu’il vivra sur la terre,

Il n’y vivra point désolé.

Ma parole instruisait dès l’enfance du monde :Prophètes, de moi seul vous avez tout appris;

C’est moi dont la chaleur échauffait vos esprits ;C’est moi qui vous donnais cette clarté féconde.J’éclaire et parle encore à tous incessamment,

Et je vois presque en tous un même aveuglement,

J e trouve presque en tous des surdités pareilles ;

Si quelqu’un me répond, ce n’est qu’avec langueur,Et l’endurcissement qui ferme les oreillesVa jusqu’au fond du cœur.

Mais ce n’est que pour moi qu’on est sourd volontaire ;Tous ces cœurs endurcis ne le sont que pour moi,

Et suivent de leur chair la dangereuse loiBeaucoup plus volontiers que celle de me plaire.

Ce que promet le monde est temporel et bas;

Ce sont biens passagers, ce sont faibles appas,

Et l’on y porte en foule une chaleur avide;

Tout ce que je promets est éternel et grand ,

Et pour y parvenir chacun est si stupideQu’aucun ne l’entreprend.

En peut-on voir un seul qui partout m’obéisseAvec les mêmes soins, avec la même ardeur,

Qu’on s’empresse à servir cette vaine grandeurQui fait tourner le monde au gré de son caprice?

« Rougis, rougis, Sidon, dit autrefois la mer : »

« Rougis, rougis toi-même, et te laisse enflammer« ( Te dirai-je à mon tour ) d’une sévère honte; »

Et si tu veux savoir pour quel lâche souciJe veux que la rougeur au visage te monte,

Écoute, le voici :

Pour un malheureux titre on s’épuise d’haleine,

On gravit sur les monts, on s’abandonne aux Ilots,

Et pour gagner au ciel un éternel reposOn ne lève le pied qu’à regret, qu’avec peine;

Un peu ^e revenu fait tondre les cheveux,

Chercher sur mes autels les intérêts des vœux,Prendre un habit dévot pour en toucher les gages :Souvent pour peu de chose on plaide obstinément,

Et souvent moins que rien jette les grands couragesDans cet abaissement.

On veut bien travailler et se mettre à tout faire,Joindre aux sueurs du jour les veilles de la nuit,

Pour quelque espoir Ilatleur d’un faux honneur qui fuit,

Ou pour quelque promesse incertaine et légère :Cependant pour un prix qu’on ne peut estimer,

Pour un bien que le temps ne saurait consumer,Pour une gloire enfin qui n’aura point de terme,

Le cœur est sans désirs , l’œil n’y voit point d’appas,L’esprit est lent et morne, et le pied le plus fermeSe lasse au premier pas.

Rougis donc, paresseux, dont l’humeur délicateTrouve un bonheur si grand à trop haut prix pour toi ;Rougis d’oser t’en plaindre , et d’avoir de l’effroiD’un travail qui te mène ou tant de gloire éclate .Vois combien de mondains se font bien plus d’effortPour tomber aux malheurs d’une éternelle mort,

Que toi pour t’assurer une vie éternelle;

Et, voyant leur ardeur après la vanité,

Rougis d’être de glace alors que je t’appelleA voir ma vérité.

Encor ces malheureux, malgré toute leur peine,Demeurent quelquefois frustrés de leur espoir :

Mes promesses jamais ne surent décevoir;

La confiance en moi ne se vit jamais vaine :

Tout l’espoir que j’ai fait je saurai le remplir;

Et tout ce que j’ai dit je saurai l’accomplir,

Sans rien donner pourtant qu’à la persévérance :

Je suis de tous les bons le rémunérateur,

Mais je sais fortement éprouver la constanceQu’ils portent dans le cœur.

Ainsi tu dois tenir mes paroles bien chères,

Les écrire en ce cœur, souvent les repasser :

Quand la tentation viendra t’embarrasser,

Elles te deviendront pleinement nécessaires :

Tu pourras y trouver quelques obscurités,

Et ne connaître pas toutes mes véritésDans ce que t’offrira la première lecture ;

Mais ces jours de visite auront un jour nouveau,

Qui pour t’en découvrir l’intelligence purePercera le rideau.

Je fais à mes élus deux sortes de visites :

L’une par les assauts et par l’adversité,

L’autre par ces douceurs que ma bénignitéPour arrhes de ma gloire avance à leurs mérites.Comme je les visite ainsi de deux façons,

Je leur fais chaque jour deux sortes de leçons :

L’une pour la vertu, l’autre contre le vice.

Prends-y garde; quiconque ose les négliger,

Par ces mêmes leçons, au jour de ma justice,

11 se verra juger.