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POEMES SUR LES VICTOIRES DU ROI.
Et Tournai, detouttemps tout Françaisdansleeœur,T’eût reçu comme maître, et non comme vainqueur ;Les muses à Douai n’auraient point pris les armesPour coûter à son peuple et du sang et des larmes;Courtrai, sans en verser, eût changé de destin ;
Ce refuge orgueilleux de l’Espagnol mutin,
Alost n’eût point fourni de matière à ta gloire;Oudenarde jamais n’eût pleuré ta victoire.
Que dirai-je de Lille, où tant et tant de tours,
De forts, de bastions, n’ont tenu que dix jours?
Ces murs si rechantés, dont la noble ruineDe tant de nations (latte encor l’origine,
Ces remparts que la Grèce et tant de dieux liguésEn deux lustres à peine ont pu voir subjugués,Eurent moins de défense, et l’art en leur structureAvait moins secouru l’effort de la nature ;
Et ton bras en dix jours a plus fait à nos yeuxQue la fable en dix ans n’a fait faire à ses dieux.
Ainsi, par des succès que nous n’osions attendre,Ton État voit sa borne au milieu de la Flandre;
Et la Flandre , qui craint de plus grands change-Voit ses fleuves captifs diviser ses Flamands, [ments,C’est là ton pur ouvrage, et ce qu’en vain la FranceElle-même a tenté sous une autre puissance,
Ce que semblait le ciel défendre à nos souhaits ;
Ce qu’on n’a jamais vu, qu’on ne verra jamais ;
Ce que tout l’avenir à peine voudra croire.
Mais de quel front osé-je ébaucher tant de gloire,Moi dont le style faible et le vers mal suiviNe sauraient même atteindre à ceux qui t’ont servi ?
Souffre-moi toutefois de tâcher à portraireD’un roi tout merveilleux l’incomparable frère;
Sa libéralité pareille à sa valeur ;
A l’espoir du combat ce qu’il sent de chaleur;
Ce que lui fait oser l’inexorable envieD’affronter les périls au mépris de sa vie,
Lorsque de sa grandeur il peut se démêler,
Et trompe autour de lui tant d’yeux pour y voler.Les tristes champs de Bruge en rendront témoignage :Ce fut là que pour suite il n’eut que son courage ;
Il fuyait tous les siens pour courir sur tes pas,Marcin ; et ta déroute eût signalé son bras,
Si le destin jaloux qui l’avait arrêtéePour en croître l'affront ne l’eût précipitée,
Et sur ton nom fameux déployé sa rigueurJusques à t’envier un si noble vainqueur.
Enghien le suit de près, et n’est pas moins avideDe ces occasions où l’honneur sert de guide.L’Escaut épouvanté voit ses premiers effortsLe couronner de gloire au travers de cent morts,Donner sur l’embuscade, en pousser la retraite,Triompher des périls où sa valeur le jette ,
Et montrer dans un cœur aussi haut que son rangDe l’illustre Condé le véritable sang.
Saint Paul,dequi l’ardeur prévient ce qu’on espère,De son côté Dunois , et Condé par sa mère,
A l’un et l’autre nom répond si dignement,
Que des plus vaillants même il est l’étonnement.
Des armes qu’il arrache aux mains qui le combattentIl commence un trophée où ses vertus éclatent,
Et pour forcer laFlandreàprendreunjoug plus doux,Les pals les plus serrés font passage à ses coups.
Mais où va m’emporter un zèle téméraire?
A quoi m’expose-t-il ? et que prétends-je faire,Lorsque tant degrands noms, tant d’illustres exploits,Tant de héros enfin s’offrent tous à la fois?
Magnanimes guerriers, dont les hautes merveillesLasseraient tout l’effort des plus savantes veilles,Bien que votre valeur étonne l’univers,
Qu’elle mette vos noms au-dessus de mes vers,
Vos miracles pourtant ne sont point des miracles ;L’exemple de Louis vous lève tous obstacles :Marchez dessus ses pas, fixez sur lui vos yeux,
Vous n’avez qu’à le voir, qu’à le suivre en tous lieux,Qu’à laisser faire en vous l’ardeur qu’il vous inspire,Pour vous faire admirer plus qu’on ne vous admire.
Cette ardeur, qui des chefs passe aux moindres sol-Anime tous les cœurs, fait agir tous les bras : [dats,Tout est beau, tout est doux sous de si grands auspi-La peine a ses plaisirs, la mort a ses délices ; [ces ;Et de tant de travaux qu’il aime à partager,
On n’en voit que la gloire et non pas le danger.
II n’est pas de ces rois qui, loin du bruit des armes,Sous des lambris dorés donnent ordre aux alarmes,Et traçant en repos d’ambitieux projets,Prodiguent, à couvert, le sang de leurs sujets.
Il veut de sa main propre enfler sa renommée,
Voir de ses propres yeux l’état de son armée,
Se fait à tout son camp reconnaître à la voix ,'
Visite la tranchée, y fait suivre ses lois :
S’il faut des assiégés repousser les sorties,
S’il faut livrer assaut aux places investies,
Il montre à voir la mort, à la braver de près,
A mépriser partout la grêle des mousquets,
Et lui-même essuyant leur plus noire tempêtePar ses propres périls achète sa conquête.
Tel le grand saint Louis, la tige des Bourbons,Lui-même du Soldan forçait les bataillons :
Tel son aïeul Philippe acquit le nom d’AugusteDans les fameux hasards d’une guerre aussi juste;Avec le même front, avec la même ardeurIl terrassa d’Othon la superbe grandeur,
Couvrit devant ses yeux la Flandre de ruines,
Et du sang allemand fit ruisseler Bovines :
Tel enfin , grand monarque, aux campagnes dTvriiTel en mille autres lieux l’invincible Henri,
De la Ligue obstinée enfonçant les cohortes,
Te conquit de sa main le sceptre que tu portes.