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Tome second.
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LETTRES.

qui ne me satisfasse pleinement, si j’en excepte lapremière page qui me défend d’espérer une plusample suite d’un ouvrage si galant, après cette qua-trième partie. Voilà, monsieur, tQut ce que je vousdirai aujourd’hui là-dessus, car vous me dispenserezde faire une réponse précise à la belle et obligeantelettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire.Elle porte ce merveilleux caractère qui ne vous per-mettra jamais de vous déguiser ; mais elle ne mepersuade pas ; et quelque défiance que vous preniezplaisir à témoigner de vous-même, vous connaisseztrop bien ce que vous valez pour appréhender la cri-tique la plus rigoureuse. Si quelque scrupule vousembarrasse, vous n’avez qu’à vous consulter pouren sortir ; et quand vous aurez subi votre propre cen-sure , vous êtes assuré de l’approbation du public.Cependant je me réjouis du secret que vous aveztrouvé de me faire faire des souhaits pour les avanta-ges de MM. de l’hôtel de Bourgogne. J’apprends quevous leur donnez une pièce de théâtre 1 qu’ils se pré-parent à représenter dans peu de temps- J’en attendsle succès avec impatience, et je me le figure déjàaussi glorieux que je le souhaite, non pas tant à causeque vos amis les plus éclairés publient qu’ils n’ontrien vu de plus achevé, que parce que je suis con-vaincu qu’il ne peut rien partir de vous qui n’en soitdigne.

Le mariage de mademoiselle le Ravon, si préci-pité, est une aventure assez surprenante; mais pourmoi, je n’y en vois pas davantage qu’au voyage deM. de Beauchâteau 2 en Angleterre. Il a voulu pro-duire son cher fils à l’altesse protectrice; et elle s’estlassée du veuvage. Je m’imagine que ses camara-des ont été assez alarmés de son dessein, dans l’ap-préhension qu’elle ne choisît pas un mari d’assezbonne humeur pour lui souffrir encore la comédie.Nous attendons ici les deux beautés que vous croyezdevoir disputer cet hiver d’éclat avec la sienne.Aumoins ai-je remarqué en mademoiselle Rejac grandeenvie de jouer à Paris; et je ne doute point qu’ausortir d’ici cette troupe n’y aille passer le reste del’année. Je voudrais qu’elle voulût faire alliance avecle Marais : elle en pourrait changer la destinée. Je

1 Oslorius, tragédie aussi faiblempnt conçue que faiblementécrite, et qui n’eut aucun succès. Boileau, dans son dialogueintitulé les Héros de Roman, fait dire à Pluton : « Je ne mesouviens point d’avoir jamais nulle part lu ce nom-là dans l’his-toire ; » et aucun de ses nombreux commentateurs n’a remar-qué que l’abbé de Pure avait pris son sujet dans Tacite. An-nal. liv- xu.

2 François Châtelet de BeaucMteau était gentilhomme. Ilembrassa la carrière du théâtre en 1843, y joua avec succès les

premiers rôles, et mourut en 1005. Son lils, dont il est questionici, se lit connaître dès l’âge de huit ans par plusieurs petitespièces de vers, qui ont été recueillies et publiées en 1057, in-4”.

ne sais si le temps pourra faire ce miracle ; mais jesais que ses changements n’auront rien assez fort pourdiminuer l’ardeur avec laquelle je chercherai, toutema vie, les occasions de vous témoigner avec quellepassion je suis,

MONSIEUR,

Votre très-humble et très-obéissant serviteur,

CORNEILLE.

Mon frère vous est infiniment obligé de l’honneurde votre souvenir, et vous assure pour moi de sestrès-humbles services.

IL

A Rouen, ce 4 d’avril 1059.

Monsieur,

Ne croyez pas que je sois assez téméraire pourm’engager à plus que je ne puis en songeant à vousattirer à un combat dont je sais que je ne pourraisme tirer qu’avec honte. Nos forces ne sont pointégales, et l’heureuse facilité que vous avez à faire debelles et merveilleuses lettres ne me laisse aucune en-vie d’entrer en différend avec vous. Ainsi, dispensez-moi de vous faire un compliment étudié pour vousprier d’agréer le mauvais présent que je vous fais.Ce sont deux pièces de théâtre qui vous ont fait écrirede plus belles choses que vous n’y en remarquerez.Je vous les envoie et l’aurais fait même sans les ac-compagner d’une lettre, si je n’avais eu une grâceà vous demander : c’est, monsieur, de souffrir queje vous en adresse pour deux de nos plus illustresamis, MM. de Brébœuf 1 et Lucas 2 , et d’avoir labonté*de les leur faire tenir de ma part. Après celaje fais retraite, et ne trouve rien à souhaiter, pourvuque vous soyez persuadé autant que je le souhaite dela passion avec laquelle je suis,

Monsieur,

Voire très-humble et très-obéissant serviteur,

CORNEILLE.

J’apprends que les trois troupes se maintiennent àParis. Je ne sais ce qui arrivera des deux faibles,mais je vais commencer à travailler au hasard. Tien-drez-vous parole à mademoiselle des Urlis 3 ?

' Le traducteur de la Pharsalc.

2 Père du célèbre voyageur de ce nom.

3 Mademoiselle des Urlis était femme de Brécourt, auteur etacteur de la troupe de Molière.