LETTRES.
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Mon frère vous assure de ses services et a donnécharge à M. Courbé de vous porter son OEdipe.
III.
A Rouen, ce I er (le décembre 1659.
Monsieur,
Il n’est point un ami plus obligeant que vous, et jene saurais assez vous remercier du soin que vousvous êtes donné de voir M. Magnon en ma fa-veur. Je vous l’aurais néanmoins épargné, si j’eusseprévu que M. de la Coste eût dû vous écrire sur lebruit qui courait d’un double Stilicon. J’en ai assezbien jugé pour avoir toujours cru que c’était unefausse alarme, et vous m’auriez rendu un mauvaisoffice auprès de M. Magnon 1 , si vous lui aviez laissécroire que j’eusse besoin de l’assurance qu’il medonne pour n’appréhender pas le péril de la contrefa-çon. Je reçois sa lettre comme une civilité obligeante,et je lui ferais tort, si, doutant qu’il fût capable de.se manquer à soi-même, je me persuadais que laconsidération de mes intérêts eût contribué quelquechose à l’éloigner d’une entreprise qu’on lui a faus-sement imputée. J’ai cru devoir abandonner le sujetde Stratonice qui me plaisait fort, seulement à causeque M. Quinault était plus avancé de deux cents versque moi 2 , et je n’ai rien fait, en ce rencontre, quece que je m’imagine qu’un autre ferait pour moidans une pareille occasion. J’ai eu bien de la joie dece que vous avez écrit d’Oreste et de Pilade, et suisfâché en même temps que la haute opinion que M. dela Cleville avait du jeu de MM. de Bourbon n’aitpas été remplie avantageusement pour lui. Tout lemonde dit qu’ils ont joué détestablement sa pièce ; etle grand monde 1 qu’ils ont eu à leur farce des Pré-cieuses 3 , après l’avoir quittée, fait bien connaîtrequ’ils ne sont propres qu’à soutenir de pareilles baga-telles, et que la plus forte pièce tomberait entre leursmains.
M. de Sourdéac fait toujours travailler à la ma-chine, et j’espère qu’elle paraîtra à Paris sur la finde janvier. J’y serai auparavant pour Stilicon 4, etc’est là que je me réserve à vous mieux exprimer de
1 Jean Magnon, auteur de plusieurs tragédies, fut assassinéen 160*2. II avait été le camarade et l’ami de Molière.
2 La Stratonice de Quinault parut le 2 janvier 1060.
4 Les Précieuses ridicules de Molière furent jouées pour lapremière fois le 18 novembre 1059.
1 Stilicon fut représenté au commencement de l’année loco.
bouche combien je me tiens votre obligé, et à quelpoint je suis,
Monsieur,
Votre très-humble et très-obéissant serviteur,
CORNEILLE.
IY.
A Rouen, ce 20 de juillet....
Monsieur,
Vous devez avoir été bien surpris de mon silenceaprès le beau présent que vous m’avez fait ; mais vousle serez encore davantage, quand je vous dirai que jele reçois présentement, et que sans un de mes amisqui m’a fait savoir qu’il avait vu un paquet pour*moiécrit sur le livre du messager, il aurait encore long-temps demeuré entre ses mains. M deLuyne 1 , quil’en a chargé, n’a point songé à m’en donner avis parla poste, et cette négligence de sa part me rendraitcoupable auprès de vous, si vous ne me rendiez as-sez de justice pour croire que j’ai autant de recon-naissance pour les grâces que vous me faites, qued’estime pour toutes les productions de votre esprit.Il y a longtemps que j’admire celles dont vous avezgratifié le public, et je ne doute point que cette der-nière ne remplisse l’attente de tout le monde. Si jepouvais obtenir de moi-même de différer un jour àvous témoigner combien je me trouve sensible à cesurcroît d’obligation que vous voulez que je vousaie, je vous rendrais compte de toutes les beautés queje suis assuré de découvrir dans la lecture de cet ou-vrage; mais après la confusion que j’ai de vous avoirdonné lieu pendant dix jours de me soupçonner d’a-voir peu de soin de me rendre digne de vos bontés,il n’y a pas moyen de ne vous pas remercier sur l’heu-re. J’ai seulement lu votreépître en hâte, a laquellevous avez donné cet air galant qui fait l’âme des belleschoses, et je me prépare à voir votre livre avec plusde plaisir que ne fera M. Ch... s’il jette les yeuxsur votre préface. Comme j’en ai trouvé deux dansle paquet, j’ai cru que vous en destiniez un à monfrère, quoique vous ne m’en parliez point dans votrelettre, et il me charge de vous en faire ses compli-ments. J’ai bien de la joie de la résolution où vousêtes de donner votre pièce à MM. du Marais. PourvuqueLafleur 2 y ait grand emploi, elle ne peut manquer
1 Libraire.
2 Cet auteur succéda à Montfleury dans l’emploi des rois, etjoua d’original le rôle d’Acomat dans Bajazcl.