ANDROMAQUE. ACTE III, SCÈNE I. a*>5
ORESTE.
Que sais-je? De moi-même étois-je alors le maître?
La furei^ m’emportoit, et je venois peut-êtreMenacer à la fois l’ingrate et son amant.
P Y L A D E.
Et quel étoit le-fruit de cet emportement?
ORESTE.
Et quelle ame, dis-moi, ne seroit éperdueDu coup dont ma raison vient detï'e confondue ?
Il épouse, dit-il, Hermîone demain :
Il veut, pour m’honorer, la tenir de ma main.
Ah l plutôt cette main dans le sang du barbare....p y i A D E.
Vous l’accusez, seigneur, de ce destin bizarre :Cependant, tourmenté de ses propres desseins,
Il est peut-être à plaindre autant que je vous plains.ORESTE.
Non, non; je le connois, mon désespoir le flatte;
S.ans moi, sans mon amour, il dédaiguoit l’ingrate ;
Ses charmes jusque-là n’avoient pu le toucher :
Le cruel ne la prend que pour me l’arracher.
Àh, dieux! c’en étoit fait : Hermione gagnéePour jamais de Sa vue alloit être éloignée ;
Son cœur, entre l’amour et le dépit confus,
Pour se donner à moi n’attendoit qu’un refus :
Ses yeux s’ouvroient, Pylade; elle éccutoit Oreste,
Lui parloit, le plaignoit. Un mot eût fait le reste,r y t A d n.
Vous le croyez?
Racine. I. j£