PREMIÈRE PRÉFACE. nl’idée d’un bon homme en la personne de Néron ;je l’ai toujours regardé comme un monstre. Maisc'est ici un monstre naissant. Il n’a pas encore mÎ9le feu à Rome; il n’a pas encore tué sa mère, safemme, ses gouverneurs : à cela près, il me semblequ’il lui échappe assez de cumulés, pour empêcherque personne ne le méconnoisse.
Quelques uns ont pris l’intérêt de Narcisse, etse sont plaints que j’en eusse fait un très méchanthomme, et le confident de Néron. Il suffit d’unpassage pour leur répondre. Néron, dit Tacite,porta impatiemment la mort de Narcisse, parce-que cet affranchi avoit une conformité merveil-leuse avec les vices du prince encore cachés :cujus abditis adhuc vitiis miré congruebat .
Ees autres se sont scandalisés que j’eusse choisiun homme aussi jeune que Britannicus pour lehéros d’une tragédie. Je leur ai déclaré, dans lapréface d’Andromaque , le sentiment d’Aristotesur le héros de la tragédie; et que, bien loin d’êtreparfait, il faut toujours qu’il ait quelque imper-fection. Mais je leur dirai encore ici qu’un jeunepiince de dix-sept ans, qui a beaucoup de cœur,beaucoup d’amour , beaucoup de franchise etbeaucoup de crédulité, qualités ordinaires d'unjeune homme, m’a semblé très capable d’exciter lacompassion. Je n’en veux pas davantage.
Mais, disent-ils, ce prince n’entroit que dans saquinzième année lorsqu'il mourut. On le fait vivre,lui et Narcisse, deux ans plus cru "ils n’ont vécu. Je