. ACTE I, SCÈNE IV. ao5
S’il se rend, que deviens-je en ce malheur extrême?
Et, s’il ne se rend pas , que devient-il lui-même ?
ZAÏRE.
Je conçois ce malheur. Mais, h. ne point mentir,
Votre amour dès long-temps a dû le pressentir.
AT ALIDE.
Ah, Zaïre I l'amour a-t-il tant de prudence ?
Tout sembloit avec nous être d’intelligence :
Roxane, se livrant tout entière à ma foi,
Du ccear de Bajazet se reposoit sur moi,
M’abandonnoit le soin de tout ce qui le touche,
Le voyoit par mes yeux, lui parloit par ma bouche ;
Et je croyois toucher au bienheureux momentOu j’allois par ses mains couronner mon amant.
Le ciel s’est déclaré contre mon artifice.
Et que falloit-il donc, Zaïre, que je fisse ?
À l’erreur de Roxane ai-je dû m’opposer,
Et perdre mon amant pour la désabuser ?
Avant que dans son cœur cette amour fût formée,3’aimois, et je pouvois m’assurer d’être aimée.
Dès nos plus jeunes ans, tu t’en souviens assez,
L’amour serra les nœuds par le sang commencés.
Elevée avec lui dans le sein de sa mère,
J’appris ù distinguer Bajazet de son frère;
Elle-même, avec joie , unit nos volontés :
Et quoiqu après sa mort l’un de l’autre écartés,Conservant, sans nous voir, le désir de nous plaire ,Nous avons su toujours nous aimer et nous taire.
Roxane, qui depuis, loin de s’en défier,
A ses desseins secrets voulut m’associer,
1 vacino 3i SÔ