Band 
Tome II.
Seite
212
JPEG-Download
 

I 12

B A J A Z E T.

JIOXASE.

Non, je ne veux plus rien:'Ne m’importune plus de tes raisons force'es ;

Je vois combien tes vœux sont loin de mes pensées ;

Je ne te presse plus, ingrat, d’y consentir :

Rentre dans le néant dont je t’ai fait sortir.

Car enfin qui m’arrête? et quelle autre assuranceDemanderois-je encor de son indifférence?

L’ingrat est-il touché de mes empressements ?

L’amour même entre-t-il dans ses raisonnements?

Ah ! je vois tes desseins. Tu crois, quoi que je fasse, •Que mes propres périls t’assurent de ta grâce \Qu’engagée avec toi par de si forts liensJe ne puis séparer tes intérêts des miens. i

Mais je m’assure encore aux bontés de ton frère :

J1 m’aime, tu le sais ; et, malgré sa colère,

Dans ton perfide sang je puis tout expier,

Et ta mort suffira pour me justifier.

N’en doute point, j’y cours, et dès ce moment même.

Bajazet, écoutez, je sens que je vous aime :

Vous vous perdez. Gardez de me laisser sortir :

Le chemin est encore ouvert au repentir.

Ne désespérez point une amante en furie :

S’il m’échappoit un mot, c’est fait de votre vie.

BAJAZET.

Vous pouvez me 1 oter, elle est entre vos mains :Peut-ctre que ma mort, utile à vos desseins,

De l'heureux Amurat obtenant votre grâce,

Vous rendra dans son cœur votre première placer