*4$ BAJAZET.
R O X A N E.
Avec quelle insolence et quelle cruauté'
Ils se jouoient tous deux de ma crédulité !
Quel penchant, quel plaisir je sentois à les croire!
Tu ne remportoîs pas une grande victoire,
Perfide, en abusant ce cœur préoccupé,
Qui lui-même craignoit de se voir détrompé !
Moi qui, de ce haut rang qui me rendoit si fière,
Dans le sein du malheur t ai cherché la premièrePour attacher des. jours tranquilles,.fortunésAux périls dont tes jours étoient environnés ;
Après tant de bonté, de soin, d’ardeurs extrêmes,
Tu ne saurois jamais prononcer que tu m’aimes 1Mais dans quel souvenir me laisse-je égarer?
Tu pleures, malheureuse ! Ali ! tu devois pleurer••Lorsque, d’un vain désir h ta perte poussée,
Tu conçus de le voir la première pensée.
Tu pleures ! et l’ingrat, tout prêt à te trahir,
Prépare les discours dont il veut t’éblouir ;
Pour plaire à ta rivale, il prend soin de sa vie.
Ah, traître ! tu mourras !... Quoi ! tu n’es point partieVa. Mais nous-même allons, précipitons nos pas :Qu’il me voie, attentive au soin de son trépas,
Lui montrer à la fois, et l’ordre de son frère,
Et de sa trahison ce gage trop sincère.
Toi, Zatime, retiens ma rivale ^n ces lieux.
Qu’il n’ait, en expirant, que ses cris pour adieux.Qu’elle soit cependant fidèlement servie;
Prends soin d’elle : ma haine a besoin de sa vie.
Ah ! si, pour son amant facile à s’attendrir,