Band 
Tome V.
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58 LETTRES DERACINE

s'engagent plus fortement dans leurs inclinationsqu'en aucun autre pays du monde. Cependant,excepte trois ou quatre personnes qui sont belles,on n'y voit presque que des beautés fort com-munes. La sienne est des premières; il m’en estvenu parler fort au long, et m’a montré des lettres,des discours, et meme des vers, sans quoi ilscroient que l’amour ne sauroit aller. Cependantj'aimerois mieux faire l’amour en bonne prose quede le faire en méchants vers; mais iis ne peuvents'y résoudre, et ils veulent être poètes à quelqueprix que ce soit. Pour mon malheur ils croient quej’en suis un., et ils me font juge de tous leurs ou-vrages. Vous pouvez croire que je n’ai pas peu àsouffrir; carie moyen d’avoir les oreilles battuesde tant de mauvaises choses, et d’être obligé dedire qu’elles sont bonnes ! J’ai un peu appris à mecontraindre et à faire beaucoup de révérences etde compliments a la mode de ce pays-ci. Adieu,'mon cher ami , et , comme dit l’Espagnol, antesmuerto que mudado,

il parle, dans ces lettres, de la ville d’Usez, qu'à la viva-cité d’un jeune homme qui s ennuyoit dans un lieu siéloigne' de Paris,