ET DE BOIL’EAÜ. 117
ne parler de trente ans, que d’exposer ainsi ma viepour recouvrer la parole. » Le roi, qui venoit defaire la guerre à monseigneur sur sa débauche dequinquina, lui demanda s’il ne voudroit point aussi 1tâter des eaux de Bourbon. Vous ne sauriez croirecombien cette maison de Marly est agréable : lacour y est,- ce me semble, tout autre qu’à Ver-sailles. Il y a peu de gens, et le roi nomme tousceux qui Vy doivent suivre. Ainsi tous ceux qui ysont, se trouvant fort honorés d’y être, y sontaussi de fort bonne humeur. Le roi même y estfort libre et fort caressant. On diroit qu’à Ver-sailles il est tout entier aux affaires, et qu’à Marlyil est tout à lui et à son plaisir. Il m’a fait l’hon-neur plusieurs fois de me parler, et j’en suis sortià mon ordinaire, c’est-à-dire fort charmé de lui etau désespoir contre moi: car je 11e me trouve jamaissi peu d’esprit que dans ces moments où j’aurois leplus d’envie d’en avoir.
Du reste je suis devenu riche de bons mé-moires 1 . J’y ai entretenu tout à mon aise les gensqui pouvoient me dire le plus de choses de lacampagne de Lille. J’eus même l'honneur dedemander cinq ou six éclaircissements à M. deLouvois, qui me parla avec beaucoup de bonté.Vous savez sa manière, et comme toutes ses pa-roles sont pleines de droit sens et vont au fait.
1 Racine ne perdoit aucune occasion de rassembles4es mémoires pour l’iiistoire du roi.