138 LETTRES DE RACINEje vous aurois été chercher à Àuteuil. Je ne vousai pas écrit pendant le chemin, parceque j’étoischagrin au dernier point d’un vilain clou quim’est venu au menton , qui m’a fait de fort grandesdouleurs, jusqu’à me donner la fièvre deux jourset deux nuits. Il est percé, Dieu merci, et il neme reste plus qu'un emplâtre qui me défigure, etdont je me consolerois volontiers, sans toutes lesquestions importunes que cela m’atth'e à toutmoment.
Le roi fit hier la revue de son armée et de cellede M. de Luxembourg. C etoit assurément le plusgrand spectacle qu’on ait vu depuis plusieursâiucles. Je ne me souviens point que les Romainseu aient vu un tel; cat leurs armées n’ont guèrepassé, ce me semble, quarante, ou tout au pluscinquante mille hommes ; et il y avoit hier six vingtmille hommes ensemble sur quatre lignes. Comptezqu'à la rigueur iln’yavoit pas là dessus trois miliahommes à rabattre. Je commençai à onze heuresdu matin à marcher; j’allai toujours au grand pasde mon cheval, et je ne linis qu'à huit heures du soir;enfin on étoit deux heures à aller du bout d’uneligne à l’autre. Mais si on n’a jamais vu tant detroupes ensemble, assurez-vous que jamais onn’enavu de si belles. Je vous rendrois un fort boncompte des deux lignes de l’armée du roi, et de lapremière de l’armée de M. de Luxembourg : maisquant à la seconde ligne , je ne vous en puis par-ler que sur la foi d’autrui. J ctois si las, si ébloui