ET DE BOILEAU. 139
de voir briller des épées et des mousquets, siétourdi d’entendre des tambours, des trompetteset des timbales, qu’en vérité je me laissois con-duire par mon cheval, sans plus avoir d’attentionà rien ; et j'eusse voulu de tout mon cœur que tousles gens que je voyois eussent été chacun dans leurchaumière, ou dans leur maison, avec leurs femmeset leurs enfants, et moi dans ma rue des Maçonsavec ma famille. Vous avez peut-être trouvé dansles poèmes épiques les revues d’armée fort longueset fort ennuyeuses j mais celle-ci m’a paru tout au-trement longue,et même, pardonnez-moi cette es-pèce de blasphème, plus lassante que celle de laPucelie. J’étois au retour à peu près dans le mêmeétat que nous étions vous et moi dans la cour del’abbaye de Saint-Àmand. A cela près, je ne fusjamais si charmé et si étonné que je le fus de voirune puissance si formidable. Vous jugez bien quetout cela nous prépare de belles matières. On m’adonné un ordre de bataille des deux armées. Jevous l'aurois volontiers envoyé ; mais il y en a icimille copies, et je ne doute pas qu’il n’y en aitbientôt autant à Paris. Nous sommes ici campés lelong de la Trouille, à deux lieues de Mons. M. deLuxembourg est campé près de Binche, partie surle ruisseau qui passe aux Estives, et partie sur laHaisne, où ce ruisseau tombe. Son armée est desoixante-six bataillons et de deux cent neuf esca-drons: celle du roi, de quarante-six bataillons etde quatre-vingt-dix escadrons. Vous voyez par-là