ET DE BOILEAU. 169
Sur ce sujet encor de bons témoins pourvu.
Tout prêt à le prouver, te dira ; Je l’ai vu;
Vingt ans j’ai vu ce couple, uni d’un même vice,
À tous mes habitants montrer que l’avaricePeut faire dans les Liens trouver la pauvreté,
Et nous réduire h pis que la mendicité.
Deux voleurs*, qui chez eux pleins d’espérance entrèrent,Enfin un beau matin tous deux les massacrèrent :
Digne et funeste fruit du nœud le plus affreuxDont l'hymen ait jamais uni deux malheureux !
Ce récit passe un peu l’ordinaire mesure ;
Mais un exemple enfin si digne de censurePeut-il dans la satire occuper moins de mots?
Chacun sait son métier. Suivons notre propos.
Nouveau prédicateur aujourd’hui, je l’avoue,
Vrai disciple ou plutôt singe de Bourdaloue,
Je me plais à remplir mes sermons de portraits.
E11 voilà déjà trois peints d’assez heureux traits :
La louve, la coquette, et la parfaite avare.
Il faut y joindre encor la revêche bizarre,
Qui sans cesse, d’un ton par la colère aigri,
Gronde, choque, dément, contredit un mari;
Qui dans tous ses discours par quolibets s’exprime,
A toujours dans la bouche un proverbe, une rime;
Et d’un roulement d’yeux aussitôt applauditAu mot aigrement fou qu’au hasard elle a dit.
Il n’est point de repos ni de paix avec elle.
Son mariage n’est qu’une longue querelle.
Laisse-t-elle un moment respirer son époux,
Ses valets sont d’abord l’objet de son courroux;
Racino. 5. l5