a66 LETTRES DE RACINE
plus petit: ils m’ont tous prié aujourd'hui de vousfaire leurs compliments, et vo tre sœur ainée commeles autres. La pauvre fdle me fait assez de pitié ,par l’incertitude que je vois dans SC9 résolutions,tantôt à Dieu, tantôt au monde, et craignant des’engager de façon ou d’autre : du reste elle estfort douce. Madelon a eu une petite vérole volante:je crains bien pour votre petit frère ; il est trèsjoli, apprend bien, et, quoique fort éveillé, nenousidonne pas la moindre peine.
J'allai dîner , il y a trois jours, à Autenil, oùM. de Termes amena le nouveau musicien Des-touches, qui fait un nouvel opéra pour Fontaine-bleau. 11 en chanta plusieurs endroits, dont lacompagnie parut charmée , et sun-tout M. Des-préaux, qui prétendoit l’entendre bien distincte-ment, et qui raisonna fort, à son ordinaire, sur lamusique. Le musicien fut très étonné que je n’eussepas vu son dernier opéra, st encore plus étonnédes raisons que M. Despréaux lui en dit, et quipeut-être ne le satisfirent pas beaucoup.
On me demanda de vos nouvelles, et M. Des-préaux assura la compagnie que vous seriez unjour très digne d’être aimé de tous me9 amis., Voussavez que les poètes se piquent d’être prophètes;mais ce n’est que dans l’enthousiasme de leurpoésie qu’ils le sont, et M. Despréaux parloiten prose. Ses prédictions ne laissèrent pas néan-moins que de me faire plaisir. C’est à vous, moncher fil», à ne pa» faire passer M. Despréaux pour