188
— Et qu’est-ce que tu veux donc faire d’une charrette sans cheval ?
— Tiens: la charrette ne mangera pas en route, et c’est moi quiserai dans les brancards... — Tu seras dans les brancards? tu metraîneras ?... — Eh ! comment voudrais-tu faire autrement ? — MonDieul est-il possible! — Ah! si tu trouves que nous puissions faireautrement, je veux bien. “
On ne remercie pas une femme qui s’attèle à une charrettepour faire deux cents lieues. Madame Dutois regarda Marie, et,après un moment de silence, lui dit : » mais on se moquera denous sur la route... une jeune femme qui en traîne une vieille. —J’en ai bien eu la pensée; aussi, tout le long du chemin, je diraique tu es ma mère. — Ah ! c’est toi qui me sers de mère ! !“
Le 22. mars 1821, Marie dispose sa charrette dont un drapvert étendu sur des cerceaux augmentait encore le poids; car ilfallait avant tout que son amie n’eût pas froid. Elle y place lapauvre maîtresse d école et son petit chien; puis, s’attelant dansles brancards, elle prend la route de Paris, aux regards de tousses voisins, plus étonnés qu’attendris.
Pendant la première journée, les giboulées se succédaient, letraînage était pénible : on ne put aller au-delà du Carbon-Blanc.Là, se perdit le petit chien de madame Dutois: elle en lira unfâcheux augure pour le voyage et s’attrista ; mais Marie, qui »vou-lait se ménager, « n’ayant fait que qnatre lieues, »n’était pointlasse,“ et rassura son amie. Cependant aucune circonstance agréablen’encourageait Marie: elle excitait la curiosité et non la bienveil-lance , et au Carbon-Blanc, les frais de gîte et de nourriture furentexigés, sans diminution du prix ordinaire, des pauvres voyageuses.
La seconde journée se termina à Saint-André-de-Cubsac, oala Dordogne s se passait sur un bac. De son naturel, peu sensible,le nautonnier de la Dordogne ne vit absolument qu’une nouvellemanière de parcourir les grands chemins, dans le mode adoptépar la courageuse Marie ; il lui fit donc aussi payer le passage auprix du tarif; payer pour elle, payer pour la charrette, payer pourmadame Dutois, ainsi que payaient, chaque jour, toutes les femmeset toutes les charrettes. Mais un accueil meilleur les attendait àla couchée. Deux veuves résidentes reçurent, à Saint-André, lesdeux veuves ambulantes. On s’interrogea. Une des veuves désiraitvivement que sa petite fille apprit à lire. Une chaire d'instructionélémentaire était vacante à Saint-André de Cubsac, et madame
8) Üîc6enfbifj fcct 0iron&e.