( 25 )
royaume de France. La nation anglaise avait fait de grandsefforts pour cette guerre. Le roi, dit Comines, avait dansson armée dix ou douze hommes, tant de Londres qued’autres villes, gros et gras , qui étaient les principauxentre les communes d’Angleterre, et qui avaient tenu lamain à ce passage, et à lever celle puissante armée. Aulieu de recevoir les Anglais à leur arrivée, et de les guiderdans ce pays où tout était nouveau pour eux, le duc deBourgogne s’en était allé guerroyer en Allemagne. Cepen-dant, le temps était mauvais; quoique Édouard eût soin defaire loger en bonne tente les hommes des communes quiYavaient suivi, ce n était point la vie qu’ils avaient ac-coutumée, ils en furent bientôt las; ils avaient cruqu'ayant une fois passé la mer, ils auraient une batailleau bout de trois jours (Comines, 1. iv, ch. xi). Louistrouva le moyen de faire accepter au roi et à ses favoris desprésents et des pensions, traita tous les soldats à table ou-verte, et se félicita de s’être ainsi défait, pour quelque ar-gent, d’une armée qui venait conquérir la France.
Dès cette époque, il n’eut plus rien à craindre de Charlesle Téméraire. Ce prince orgueilleux avait conçu le dessein derétablir dans de plus vastes proportions l’ancien royaume deBourgogne, en réunissant à ses états la Lorraine, la Provence,le Dauphiné et la Suisse. Louis XI se garda bien de l’inquié-ter; il prolongea les trêves, et le laissa s’aller heurtercontre VAllemagne. En effet, le duc ayant voulu forcer laville de Neuss de recevoir un des deux prétendants à l’ar-chevêché de Cologne, tous les princes de l’Empire vinrentl’observer avec une armée de cent mille hommes. Il s’obstinaune année entière, et ne quitta ce malheureux siège quepour tourner ses armes contre les Suisses.
Ce peuple de bourgeois et de paysans, affranchis depuisdeux siècles du joug de la maison d’Autriche, était toujourshaï des princes et de la noblesse. Louis XI, encore dauphin,avait éprouvé la valeur des Suisses à la bataille de Saint Jac-ques, où seize cents d’entre eux s’étaient fait tuer plutôtque de reculer devant vingt mille hommes. Néanmoins, le