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sire d’Hagehbach, gouverneur du duc de Bourgogne dans lecomté de Ferrette, vexait leurs alliés et ne craignait pas deles insulter eux-mêmes. Nous écorcherons l’ours de Berne,disait-il, et nous nous en ferons une fourrure. La patiencedes Suisses se lassa; ils s’allièrent avec les Autrichiens,leurs anciens ennemis, firent décapiter Hagenbach, et bat-tirent les Boürguignons à Héricourt. Ils essayèrent d’apaiserle duc de Bourgogne; ils lui exposaient qu’il n’avait rien àgagner contre eux : Il y à plus d’or, disaient-ils, dans leséperons de nos chevidierS, que vous n’en trouverez danstous nos cantons. Le duc fut inflexible. Ayant envahi laLorraine et la Suisse, il prit Granson, et fit noyer la garni-son qui s’était rendue sur sa parole. Cependant, l’armée desSuisses avançait : le duc de Bourgogne eut l’imprudenced’aller à sa rencontre, et de perdre ainsi l’avantage que laplaine donnait à sa cavalerie. Placé sur la colline qui porteencore aujourd’hui son nom, il les vit fondre du haut desmontagnes, en criant: Granson! Granson! En mômetemps on entendait dans toute la vallée ces deux trompesd’une monstrueuse grandeur, que les Suisses avaient, di-saient-ils, reçues autrefois de Charlemagne , et qu’on nom-mait le taureau d’Uri et la vache d’Underwalden. Rienn’arréta les confédérés. Les Bourguignons essayèrent tou-jours inutilement de jdonger dans cette forêt de piques quis’avançait au pas de course. La déroute fut bientôt com-plète. Le camp du duc, ses canons, ses trésors, tombèrententre les mains des vainqueurs. Mais ceux-ci ne savaientpas tout ce qu’ils avaient gaghé. L’un d’eux vendit pour unécu le gros diamant du duc de Bourgogne ; l’argent de sontrésor fut partagé sans compter, et mesuré à pleins cha-peaux. Cependant, Te malheur n’avait point instruit Char-les le Téméraire- Trois mois après il vint attaquer les Suissesà Morat, et éprouva une défaite bien plus sahglante. Lesvainqueurs rie firent point de prisonniers, et élevèrent unmonument avec les ossements des Bourguignons. Cruelcomme à Morat, fut longtemps un dicton populaire parmiles Suisses [1476].