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Çette défaite fut la ruine de Charles le Téméraire. Ilavait épuisé ses bonnes villes d’hommes et d’argent; depuisdeux ans il tenait ses gentilshommes sous les armes. Iltomba dans une mélancolie qui approchait du délire, lais-sant croître sa barbe et ne changeant plus de vêtement. Ils’obstinait à vouloir chasser de Lorraine le jeune Réné quivenait d’y rentrer. Ce prince, qui avait combattu pour lesSuisàes, qui se plaisait à parler leur langue, qui prenaitquelquefois leur costume, les vit bientôt venir à son se-cours. Le duc de Bourgogne, réduit à trois mille hommes,ne voulut point fuir devant un enfant, mais il avait lui-même peu d’espérance ; au moment de combattre, l’italienCampo-Basso, auprès duquel Louis XI marchandait depuislongtemps la vie de Charles le Téméraire, arracha la croixrouge, et commença ainsi la défaite des Bourguignons[1477]. Quelques jours après, on retrouva le corps duprince; on l’apporta en grande pompe à Nanci; Réné vintlui jeter de l’eau bénite, et lui prenant la main : Beau cou-sin, lui dit-il, Dieu aie votre âme ! vous nous avez faitmoult maux et douleurs. Mais le peuple ne voulut pascroire à la mort d’rln prince qui depuis si longtemps occu-pait la renommée. On assurait toujours qu’il ne tarderaitpas à reparaître; et, dix ans après, des marchands livraientgratuitement des marchandises, sous condition qu’on lesleur paierait le double au retour du grand duc de Bour-gogne.
La chute de la maison de Bourgogne affermit pour tou-jours celle de France. Les possesseurs des trois grands fiefs,Bourgogne, Provence, Bretagne, étant morts sans enfantsmâles, nbs rois démembrèrent la première succession[1477], recueillirent la seconde en vertu d’un testament[1481], et la troisième par un mariage [1491].
D’abord, Louis XI espérait acquérir tout l’héritage deCharles le Téméraire, en mariant le dauphin à sa fille,Marie de Bourgogne. Mais les états de Flandre, las d’obéiraux Français, donnèrent la main de leur souveraine àMaximilien d’Autriche , depuis empereur et grand-père de