Buch 
Précis de l'histoire moderne : ouvrage adopté par le Conseil Royal de l'université, et prescrit pour l'enseignement de l'histoire moderne, dans les collèges royaux et dans tous les établissements d'instruction publique / par M. Michelet
Entstehung
Seite
27
JPEG-Download
 

(27 )

Çette défaite fut la ruine de Charles le Téméraire. Ilavait épuisé ses bonnes villes dhommes et dargent; depuisdeux ans il tenait ses gentilshommes sous les armes. Iltomba dans une mélancolie qui approchait du délire, lais-sant croître sa barbe et ne changeant plus de vêtement. Ilsobstinait à vouloir chasser de Lorraine le jeune Réné quivenait dy rentrer. Ce prince, qui avait combattu pour lesSuisàes, qui se plaisait à parler leur langue, qui prenaitquelquefois leur costume, les vit bientôt venir à son se-cours. Le duc de Bourgogne, réduit à trois mille hommes,ne voulut point fuir devant un enfant, mais il avait lui-même peu despérance ; au moment de combattre, litalienCampo-Basso, auprès duquel Louis XI marchandait depuislongtemps la vie de Charles le Téméraire, arracha la croixrouge, et commença ainsi la défaite des Bourguignons[1477]. Quelques jours après, on retrouva le corps duprince; on lapporta en grande pompe à Nanci; Réné vintlui jeter de leau bénite, et lui prenant la main : Beau cou-sin, lui dit-il, Dieu aie votre âme ! vous nous avez faitmoult maux et douleurs. Mais le peuple ne voulut pascroire à la mort drln prince qui depuis si longtemps occu-pait la renommée. On assurait toujours quil ne tarderaitpas à reparaître; et, dix ans après, des marchands livraientgratuitement des marchandises, sous condition quon lesleur paierait le double au retour du grand duc de Bour-gogne.

La chute de la maison de Bourgogne affermit pour tou-jours celle de France. Les possesseurs des trois grands fiefs,Bourgogne, Provence, Bretagne, étant morts sans enfantsmâles, nbs rois démembrèrent la première succession[1477], recueillirent la seconde en vertu dun testament[1481], et la troisième par un mariage [1491].

Dabord, Louis XI espérait acquérir tout lhéritage deCharles le Téméraire, en mariant le dauphin à sa fille,Marie de Bourgogne. Mais les états de Flandre, las dobéiraux Français, donnèrent la main de leur souveraine àMaximilien dAutriche , depuis empereur et grand-père de