L’Ecosse contenait bien plus d’éléments de discorde quel’Angleterre. D’abord, le sol plus montagneux avait mieuxfavorisé la résistance des races vaincues. La souverainetédes gens des basses terres sur les montagnards, des Saxonssur les Celtes 1 , était purement nominale. Ceux-ci ne con-naissaient guère de souverains que les chefs héréditaires deleurs clans. Le principal de ces chefs, le lord des îles,comte de Ross, était, à l’égard des rois d’Ecosse, sur lepied d’un souverain tributaire plutôt que d’un sujet; c’étaitl’ami secret ou déclaré de tous les ennemis du roi, l’alliéde l’Angleterre contre l’Ecosse, celui des Douglas contreles Stuarts. Les premiers princes de cette dynastie ména-gèrent les montagnards, faute de pouvoir les réduire; Jac-ques I e1 les exempte expressément d’obéir à une loi, attendu,dit-il, que c’est leur usage de se piller et de se tuer les unset les autres 2 . Ainsi la civilisation anglaise, qui envahissaitpeu à peu l’Ecosse , s’arrêtait aux monts Grampian.
Au midi même de ces monts, l’autorité royale trouvaitd’infatigables adversaires dans les lords et les barons, dansles Douglas surtout ; cette famille héroïque, qui avait dis-puté le trône aux Stuarts dès l’avénement de leur dynastie,qui depuis était allée combattre les Anglais en France, etqui avait rapporté pour trophée le titre de comtes de Tou-raine. Dans la famille même des Stuarts, les rois d’Ecosseavaient des rivaux; leurs frères ou leurs cousins, les ducsd’Albany, gouvernaient en leurs noms, ou les inquiétaientde leurs prétentions ambitieuses. Qu’on ajoute à ces causesde troubles la singularité d’une suite de six minorités [1437-1578J, et l’on comprendra pourquoi l’Ecosse fut le dernierroyaume qui sortit de l’anarchie du moyen âge.
Après les guerres de France, la lutte contre les Douglasdevint plus terrible. Les rois y déployèrent plus de violenceque d’habileté. Sous Jacques II, William Douglas, attirépar le chancelier Crichton au château d’Edimbourg, y fut
1 Les montagnards appellent toujours Saxons les autres Écossais.
2 Pinkerton. History ofSeolland, from the accession of the house ofStuart to that of Mary, with appendices of original papers; in-4o,1797,1.1, p. 155.