au quinzième, la population musulmane, concentrée dansle royaume de Grenade, et comme adossée à la mer, nepouvait plus reculer; mais on voyait déjà auquel des deuxpeuples appartenait l’empire de l’Espagne : du côté desMaures, une foule de marchands, entassés dans de richescités, amollis par les bains et par le climat a ; des agricul-teurs paisibles, occupés dans leurs délicieuses vallées dusoin des mûriers et du travail de la soie 3 ; une nation viveet ingénieuse, qui ne respirait que pour la musique et ladanse, qui recherchait les vêtements éclatants, et paraitjusqu’à ses tombeaux 3 ; de l’autre, un peuple silencieux,vêtu de brun et de noir, qui n’aimait que la guerre, et l’ai-mait sanglante; qui, laissant aux Juifs le commerce et lessciences, ne connaissait pas de plus beau titre que celui defils des Goths 4 , race altière dans son indépendance, terribledans l’amour et dans la roligion. Là, tout le peuple se tenaitpour noble; le bourgeois n’avait pas payé ses franchises 5 ,le paysan, qui portait aussi l’épée contre les Maures, sen-tait sa dignité de chrétien.
Ces hommes si redoutables à l’ennemi ne l’étaient guèremoins à leurs rois. Pendant longtemps, les rois n’avaientété, pour ainsi dire, que les premiers des barons ; celui d’A-ragon poursuivait quelquefois ses sujets au tribunal du jus-tiza, ou grand justicier du royaume s . L’esprit de résistancedes Aragonais avait passé en proverbe, comme la fierté cas-tillane : Donnez un clou à /’ Aragonais, il Venfonceraavec sa tête plutôt qu’avec un marteau. Leur sermentd’obéissance était hautain et menaçant : Nous qui, sépa-rément, sommes autant que vous, et qui, réunis, pou-vons davantage, nous vous faisons notre roi, à condi-tion que vous garderez nos privilèges ; sinon, non.
Aussi, les rois d’Espagne aimaient mieux se servir des
1 Çurita, Secundo, parte de los Annales de la corona de Aragon.
1610, in-4 1 ', t. iv, liv. xx, fol. 315. — 2 Id. fol. 354. Gomecius, de rebusgestis à F. Ximenes (1569), in-fol., pag. 60.
3 Voy. plus bas le règne de Charles-Quint.
* Hijo del godo, hidalgo, noble. — * Haliam, t. i, p. 390-1. — 6 Id.,
pag. 464.