Buch 
Précis de l'histoire moderne : ouvrage adopté par le Conseil Royal de l'université, et prescrit pour l'enseignement de l'histoire moderne, dans les collèges royaux et dans tous les établissements d'instruction publique / par M. Michelet
Entstehung
Seite
44
JPEG-Download
 

( 44 )

quis de Villena, et son frère, qui possédaient les grandesmaîtrises de San-Iago et de Calatrava, opposèrent au roison frère don Alonzo, encore enfant; ils déclarèrent illégi-time l’infante dona Juana, qu’on croyait fille de Bertrandde la Cueva, amant de la reine ; exposèrent sur un trônel’effigie de Henri, dans la plaine d’Avila, et, l’ayant dépouilléedes ornements royaux, la précipitèrent pour mettre donAlonzo à la place. Après une bataille indécise (Médina delCampo, 1465), le malheureux roi, abandonné de tout lemonde, errait au hasard dans son royaume, au milieu deschâteaux et des villes qui lui fermaient leurs portes, sansque personne daignât l’arrêter. Un soir, après une coursede dix-huit lieues, il s’était hasardé à entrer dans Tolède ;on sonna le tocsin, il fut obligé de sortir, et l’un des cava-liers qui l’accompagnaient ne voulut pas même lui prêterun cheval 1 .

L’Aragon et la Navarre n’étaient pas plus tranquilles.Juan II, qui succéda depuis à son frère Alfonse le Magna-nime dans les royaumes d’Aragon et de Sicile, retenait àson propre fils, don Carlos de Yiana, la couronne de Na-varre, dont ce jeune prince devait hériter de sa mère (depuis1441). Une marâtre excitait le père contre le fils au profitde deux enfants du second lit (Ferdinand le Catholique etLéonore, comtesse de Foix). Les factions éternelles de laNavarre, les Beaumont et les Grammont, suivaient leurshaines particulières sous le nom des deux princes. Deux foisle parti le plus juste fut vaincu en bataille rangée ; deuxfois l’indignation des sujets de don Juan le força de mettreen liberté son malheureux fils. Don Carlos étant mort depoison ou de chagrin [1461], dona Blanca, sa sœur, héritaitde ses droits. Son père la livra à Léonore, sa sœur cadette,qui l’empoisonna au château d’Orthez. La Catalogne étaitdéjà soulevée; l’horreur de ce double parricide exalta lesesprits; les Catalans n’avaient pu avoir don Carlos pourroi, ils l’invoquèrent comme un saint 3 ; ils appelèrent suc-

* Mariana, liv. xxm, anno 1468.! Çurita, t. iv, xx, fol. 97.