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Précis de l'histoire moderne : ouvrage adopté par le Conseil Royal de l'université, et prescrit pour l'enseignement de l'histoire moderne, dans les collèges royaux et dans tous les établissements d'instruction publique / par M. Michelet
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temps où les hordes des Almohades et des Almoravidespouvaient inonder la péninsule. Le Soudan d’Égypte se con-tenta d’envoyer à Ferdinand le gardien du Saint-Sépulcre,pour lui parler en leur faveur, et fut bientôt distrait de cetteaffaire lointaine par la crainte que lui inspiraient les Otto-mans.

Quoique tous les ans les Chrétiens et les Maures courus-sent alternativement le pays ennemi, brûlant les vignes,les oliviers et les orangers, un accord singulier existait entreeux : la trêve ne devait pas être considérée comme rompue,lors même qu’un des deux partis aurait pris une place,pourvu qu’elle eût été occupée sans appareil de guerre,sans bannières ni trompettes, et en moins de trois jours 1 .Zahara, emportée de cette manière par les Maures, fut leprétexte de la guerre. Les Espagnols envahirent le royaumede Grenade, encouragés par leur belle reine, à laquelle seuleles Castillans voulaient obéir. On voyait déjà dans cette ar-mée les conquérants futurs de la Barbarie et de Naples,Pedro de Navarre et Gonzalve de Cordoue. Dans le cours deonze anées les chrétiens se rendirent maître d’Alhama, leboulevard de Grenade 2 ; prirent Malaga, l’entrepôt du com-merce de l’Espagne avec l’Afrique ; Baça, à laquelle on don-nait cent cinquante mille habitants, et vinrent enfin, avecquatre-vingt mille hommes, mettre le siège devant Gre-nade elle-même. Cette capitale était en proie aux plus fu-rieuses discordes. Le fils s’y était armé contre le père, lefrère contre le frère. Boabdil et son oncle s’étaient partagéles restes de cette souveraineté expirante, et le dernier avaitvendu sa part aux Espagnols pour un riche comté. BestaitBoabdil, qui s’était reconnu vassal de Ferdinand, et qui sui-vait l’opiniâtre fureur du peuple plutôt qu’il ne la dirigeait.Le siège dura neuf mois; un Maure essaya de poignarderFerdinand et Isabelle; un incendie détruisit tout le camp;la reine, que rien ne découragea, ordonna qu’une ville fût

’ Çurita, fol. 314. Mariana, liv. xxv.

9 Çurita, t. iv, fol. 315.