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construite à sa place, et la ville de Santa-Fé, élevée en qua-tre-vingts jours, montra aux Musulmans que le siège ne se-rait jamais levé 1 2 . Enfin, les Maures ouvrirent leurs portes,sur la promesse qu’on leur fit de leur laisser des juges deleur nation, et le libre exercice de leur culte [1492].
Dans la môme année, Christophe Colomb donnait unmonde à l’Espagne 3 .
Les royaumes de l’Espagne étaient réunis, à l’exceptionde la Navarre, proie certaine des deux grandes monarchies,entre lesquelles la nature elle-même semblait la diviser d’a-vance ; mais il s’en fallait que ces parties assemblées parforce composassent un corps. Les Castillans observaientd’un œil jaloux les Aragonais; les uns et les autres voyaienttoujours des ennemis dans les Maures et les Juifs qui vi-vaient au milieu d’eux. Chaque ville avait ses franchises,chacun des grands ses privilèges. Il fallait vaincre toutes cesrésistances, accorder ces forces hétérogènes avant de les tour-ner vers la conquête. Malgré l’habileté de Ferdinand, mal-gré l’enthousiasme qu’inspirait Isabelle, ils n’atteignirent cebut qu’après trente ans d’efforts. Les moyens furent terri-bles, proportionnés à l’énergie d’un tel peuple; le prix futl’empire des deux mondes au seizième siècle.
Les cortès espagnoles, qui pouvaient seules régulariser larésistance, étaient les plus anciennes assemblées de l’Europe;mais ces établissements, formés dans l’anarchie du moyenâge, n’avaient point l’organisation qui eût pu seule en assu-rer la durée. En 1480, dix-sept villes de Castille étaientseules représentées; en 1520, la Galice entière n’envoyaitpoint de députés aux cortès 3 . Ceux de la seule Guadalaxaravotaient pour quatre cents bourgs ou villes. Il en était à peuprès de même en Aragon. La rivalité des villes perpétuait cetabus; en 1506 et en 1512, les villes privilégiées de Castillerepoussèrent les réclamations des autres 4 . Ainsi, pour de-
1 Pétri Martyris Anglerii epistolœ , 73, 91, etc. L’auteur fut témoinoculaire de ces événements.
2 Épitaphe de Colomb.
s Sepulveda, 1 . 1 , liv. h, p. 59. — 4 Hallam, 1. 1 , d’après Marina.