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furent presque aussi cruelles, mais le résultat fut le même :les vainqueurs furent élevés à la civilisation des vaincus.
Louis le More, alarmé des menaces du roi de Naples,dont la petite-fille avait épousé son neveu, Jean Galéas(Voy. le chap. 1 er ), se détermina à soutenir son usurpationpar le secours des Français; mais il était loin de savoirquelle puissance il attirait dans l’Italie. Il fut lui-mêmesaisi détonnement et de terreur, lorsqu’il vit descendre dumont Genèvre (septembre 1494) cette armée formidable,qui, par la variété des costumes, des armes et des langues,semblait à elle seule l’invasion de toutes les nations del'Europe : Français, Basques, Bretons, Suisses, Allemands,et jusqu’aux Écossais; et cette invincible gendarmerie, etces pesants canons de bronze que les Français avaient ren-dus aussi mobiles que leurs armées. Une guerre toute nou-velle commençait pour l’Italie. L’ancienne tactique, quifaisait succéder dans les batailles un escadron à l’autre,était vaincue d’avance par l’impétuosité française, par lafroide fureur des Suisses. La guerre n’était plus une affairede tactique. Elle devait être terrible, inexorable ; le vain-queur ne comprenait pas même la prière du vaincu, l essoldats de Charles VIII, pleins de défiance et de hainecontre un pays où ils craignaient d’être empoisonnés àchaque repas, massacraient régulièrement tous les prison-niers 1 .
A l’approche des Français, les vieux gouvernements d’I-talie s’écroulent d’eux-mêmes. Pise se délivre des Floren-tins; Florence, des Médicis. Savonarole reçoit Charles VIIIcomme le fléau de Dieu, envoyé pour punir les péchés del’Italie. Alexandre VI, qui, jusque-là, négociait à la fois avecles Français, avec les Aragonais, avec les Turcs, entend aveceffroi les mots de concile et de déposition, et se cache dansle château de Saint-Ange. Il livre en tremblant le frère deBajazet II, dont Charles VIII croit avoir besoin pour con-
1 A Monteforttno ,au Mont-Saint-Jean, à Rapallo, à Sarzane, à Tos-canella, à Fornovo, à Gaëte.