(
quérir l’empire d’Orient ; mais il le livre empoisonné. Cepen-dant le nouveau roi de Naples, Alphonse II, s’est sauvédans un couvent de Sicile, laissant son royaume à défendreà un roi de dix-huit ans. Le jeune Ferdinand II est aban-donné à San-Germano. et voit son palais pillé par la popu-lace de Naples, toujours furieuse contre les vaincus. Lesgens d’armes français, ne se fatiguant plus à porter d’armu-res, poursuivent cette conquête pacifique en habit du matin,sans autre peine que d’envoyer leurs fourriers devant euxpour marquer les logements 1 . Bientôt les Turcs voientflotter les fleurs de lis à Otrante, et les Grecs achètent desarmes 2 .
Les partisans de la maison d’Anjou, dépouillés depuissoixante ans, avaient cru vaincre avec Charles VIII. Maisce prince, qui se souciait peu des services qu’ils avaient purendre aux rois provençaux, n’exigea aucune restitution duparti opposé. Il mécontenta toute la noblesse, en annon-çant l’intention de restreindre les juridictions féodales, àl’exemple de celles de France 3 . Il nomma des Français pourgouverneurs de toutes les villes et forteresses, et décidaainsi plusieurs villes à relever les bannières d’Aragon. Aubout de trois mois, les Napolitains étaient las des Français,les Français étaient las de Naples; ils avaient oublié leursprojets sur l’Orient. Ils étaient impatients de revenir conteraux dames leurs brillantes aventures.
Cependant une ligue presque universelle s’était forméecontre Charles VIII. Il fallait qu’il se hâtât de regagner laFrance, s’il ne voulait être enfermé dans le royaume qu’ilétait venu conquérir. En redescendant les Apennins, ilrencontra à Fornovo l’armée des confédérés, forte de qua-rante mille hommes; les Français n’étaient que neuf mille.Après avoir demandé inutilement le passage, ils le forcèrent,et l’armée ennemie,qui essaya delesarrêter, fut mise enfuitepar quelques charges de cavalerie. Ainsi le roi rentra glo-
' Commines, liv. vu, chap. xiv. — 5 Id. *6., chap. xvii. — 5 Gian-none, liv. xxx, chap. i.