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ragon avant d’avoir consulté les principales universités del’Europe. Charles-Quint cherche à prouver sa foi par lapersécution des Maures, pendant que ses armées prennentet rançonnent le pape. François I er élève les premiers bû-chers où soient montés les protestants de France, pour ex-cuser, aux yeux de ses sujets et aux siens, ses liaisons avecSoliman et les luthériens d’Allemagne. Ces actes mêmed’intolérance étaient autant d’hommages rendus à l'opinion.Les princes courtisaient alors les plus indignes ministres dela renommée. Les rois de France et d’Espagne enchéris-saient l’un sur l’autre pour obtenir la faveur de Paul Joveet de l’Arétin.
Pendant que la France suit de loin l’Italie dans les plusingénieux développements de l’intelligence, deux peuples,d’un caractère profondément sérieux, leur laissent les let-tres et les arts, comme de vains jouets ou de profanes amu-sements. Les Espagnols, peuple conquérant et politique,tirent leur force, ainsi qu’autrefois les Romains 1 , de leurattachement aux vieilles maximes, aux anciennes croyances.Occupés de vaincre et de gouverner l’Europe, ils se repo-sent en toute matière spéculative sur l'autorité de l’Église.Tandis que l’Espagne tend de plus en plus à l’unité politi-que et religieuse, l’Allemagne, avec sa constitution anar-chique , se livre à toute l’audace des opinions et des sys-tèmes. La France, placée entre l’une et l’autre, sera, auseizième siècle, le principal champ de bataille où lutterontces deux esprits opposés. La lutte y sera d’autant plusviolente et plus longue que les forces sont plus égales.
1 Giannone, d’après Bodin et de Thou, Hist. civ., liv. xxx, ch. 2.