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se piquait de théologie, écrivit un livre contre Luther.Mais il trouva d’ardents*défenseurs dans les princes d’Alle-magne, surtout dans l’électeur de Saxe, qui semble mêmel’avoir mis en avant. Ce prince avait été vicaire impérialdans l’interrègne, et c’est alors que Luther avait osé brûlerla bulle du pape. Après la diète de Worms, l’Electeur,pensant que les choses n’étaient pas mûres encore, résolutde préserver Luther de ses propres emportements. Commeil s’enfonçait dans la forêt de Thuringe en revenant de ladiète, des cavaliers masqués l’enlevèrent et le cachèrentdans le château de Wartbourg. Enfermé près d’un an dansce donjon, qui semble dominer toute l’Allemagne, le réfor-mateur commença sa traduction de la Bible en langue vul-gaire, et inonda l’Europe de ses écrits. Ces pamphletsthéologiqnes, imprimés aussitôt que dictés, pénétraientdans les provinces les plus reculées; on les lisait le soirdans les familles, et le prédicateur invisible était entendude tout l’Empire. Jamais écrivain n’avait si vivementsympathisé avec le peuple. Ses violences, ses bouffonneries,ses apostrophes aux puissants du monde, aux évêques, aupape, au roi d’Angleterre, qu’il traitait avec un magni-fique mépris d'eux et de Satan , charmaient, enflammaientl’Allemagne, et la partie burlesque de ces drames popu-laires n’en rendait l’effet que plus sûr. Érasme, Mé-lanchton, la plupart des savants pardonnaient à Luther sajactance et sa grossièreté en faveur de la violence avec la-quelle il attaquait la scolastique. Les princes applaudis-saient une réforme faite à leur profit. D’ailleurs, Luther,tout en soulevant les passions du peuple, défendait l’emploide toute autre arme que celle de la parole : « C’est la pa-role, disait-il, qui, pendant que je dormais tranquillement,et que je buvais ma bière avec mon cher Mélanchton, atellement ébranlé la papauté que jamais prince ni empereurn’en a fait autant. »
Mais il se flattait en vain de contenir les passions, unefois soulevées, dans les bornes d’une discussion abstraite.On ne tarda pas à tirer de ses principes des conséquences