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Précis de l'histoire moderne : ouvrage adopté par le Conseil Royal de l'université, et prescrit pour l'enseignement de l'histoire moderne, dans les collèges royaux et dans tous les établissements d'instruction publique / par M. Michelet
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( H8 )

cice de leur autorité. Les monastères furent supprimés, etleurs biens, équivalant à sept millions de notre monnaie,réunis à la couronne. Mais le roi eut bientôt tout dissipé :il donna, dit-on, à un de ses cuisiniers une terre pour unbon plat. Le précieux mobilier des couvents, leurs chartes,leurs bibliothèques, furent enlevés, dispersés. Les âmespieuses étaient indignées; les pauvres ne trouvaient plusleur subsistance à la porte des monastères. La noblesse etles propriétaires des campagnes prétendaient que, si lescouvents cessaient d’exister, leurs terres ne pouvaient re-tomber à la couronne, mais revenir aux représentants desdonateurs. Les habitants de cinq comtés du nord coururentaux armes, et marchèrent sur Londres, pour accomplir cequ’ils appelaient le pèlerinage de grâce; mais on négociaavec eux; on promit beaucoup, et quand ils se dispersèrent,on les pendit par centaines.

Les Protestants, qui affluaient alors en Angleterre,avaient cru pouvoir s’y établir à la faveur de cette révolu-tion ; Henri YIII leur apprit combien ils se trompaient. I!n’eût voulu pour rien au monde renoncer à ce titre de Dé-fenseur de la foi, que lui avait valu son livre contre Luther.Il maintint donc l’ancienne foi par son bill des six articles,et poursuivit les deux partis avec une impartiale intolé-rance. L’on vit, en 1540, les Protestants et les Catholiquestraînés de la Tour à Smithfîeld sur la même claie; les pre-miers étaient brûlés comme hérétiques, les seconds penduscomme traîtres, pour avoir nié la suprématie.

Le roi, ayant en tout point remplacé le pape, établitsolennellement son infaillibilité religieuse et politique : ilfit décréter par le parlement que ses proclamations au-raient la même force que les bills passés dans les deuxChambres. Ce qu’il y eut de plus terrible, c’est qu’il crutlui-même à cette infaillibilité, et regarda comme sacrés tousles caprices de ses passions : des six femmes qu’il eut, deuxfurent chassées, deux décapitées sous prétexte d’adultère;la dernière faillit l’être pour avoir soutenu les opinionsdes Protestants. II exerça dans sa famille un despotisme à