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qu’à ce qu’ils le brisassent. La mésintelligence était au com-ble entre l’armée et la Chambre. On enleva le roi du lieu oùle gardaient les commissaires du Parlement, et, sans pren-dre l’ordre du général en chef Fairfax, Cromwell le fit ame-ner à l’armée 1 .
Cependant une réaction avait lieu en faveur du roi. Désbandes de bourgeois et d’apprentis, d’officiers réformés, demariniers, forcèrent les portes de Westnlinster, et contrai-gnirent la Chambre à voter le retour du roi. Mais soixantemembres se réfugièrent à l’armée, qui marcha sur Londres.Son entrée dans la capitale fut le triomphe des Indépendants.Cromwell, voyant les Presbytériens éclipsés, ayant peur deson propre parti, hésita un instant s’il ne travaillerait pointau rétablissement du roi. Mais voyant bien qu’il ta’y avaitpas moyen de se fier à lui, il commença à viser plus haut 3 ,
' « Cromwell, solennellement accusé dans la Cliambfe des communes,tomba à genoux, fondant en larme?, avec une véhémence de paroles, desanglots et de gestes qui saisit d’émotion ou de surprise tous les assis-tants : il se réparidit eil pieuses invocations, en ferventes prières, appe-lant sur sa tête, si quelque homme dans tout le royaume était plus quelui fidèle à la Chambre, toutes les condamnations du Seigneur. Puis sorelevant, il parla plus de deux heures du Parlement, du roi, de l’armée,de ses amis, de ses ennemis, de lui-même, abordant et mêla ht tou tes choses,humble et audacieux, verbeux et passionné, répétant surtout à la Cham-bre qu’on l’inquiétait à tort, qu’on le compromettait sans motif, que,sauf quelques hommes dont les regards se tournaient vers la terred’Égypte, officiers et soldats, tous lui étaient dévoués et faciles à retenirsous sa loi. Tel fut enfin son succès que, lorsqu’il se rassit, l’ascendantavait passé à ses amis, et que, « s’ils l’eussent voulu, disait trente ansaprès Grimstonc lui-même, la Chambre nous eût envoyés à la tour, mesofficiers et moi, comme calomniateurs. » Guizot.
2 Cromwell provoqua une conférence entre quelques meneurs politi-ques, la plupart officiers-généraux comme lui, et les républicains : il fai-fait bien, dil-il, qu’ils cherchassent de concert quel gouvernement con-venait le mieux à l’Angleterre, puisque maintenant c’était à eux de lerégler; mais au fond , il voulait surtout savoir lesquels, parmi eux, se-raient intraitables, et ce qu’il en devait attendre ou redouter. Ludlow',Yane, Ilutchinson, Sidney, Ilalerigse déclarèrent hautement, repoussanttoute idée de monarchie, comme condamnée par la Bible, la raison et l’ex-périence.Les généraux furent plus réservés; à leuravis, la république étaitdésirable, mais d’un succès douteux, il valait mieux ne se point engager,consulter l’état des affaires, le besoin des temps, obéir chaque jour auxdirections de la Providence. Les républicains insistèrent pour qu’on s’ex-