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pecter le senor soïdado ; du reste, sombre, avare et avide»mal payé, mais sujet à patienter en attendant le pillage dequelque bonne ville d’Allemagne ou de Flandre. Ils avaientjuré au temps de Cbarles-Quint : « Parle sac de Florence; »ils avaient pillé Rome, puis Anvers, puis je ne saiscombiende villes des Pays-Bas. Parmi les Espagnols, il y avait deshommes de toutes nations; surtout des Italiens. Le carac-tère national disparaissait. L’esprit de corps, et le vieil hon-neur de l’armée les soutenait encore, lorsqu’ils furent portéspar terre à la bataille de Rocroy. Le soldat qui prit leurplace, fut le soldat français, l’idéal du soldat, la fougue dis-ciplinée. Celui-ci, loin encore à cette époque de compren-dre la patrie, avait du moins un vif sentiment du pays. C’é-tait une gaillarde population de fils de laboureurs, dont lesgrands-pères avaient fait les dernières guerres de religion.Ces guerres de partisans, ces escarmouches à coups de pis-tolet firent toute une nation de soldats; il y eut dans les fa-milles des traditions d’honneur et de bravoure. Les petits-fils, enrôlés, conduits par un jeune homme de vingt ans, legrand Condé, forcèrent à Rocroy les lignes espagnoles, en-foncèrent les vieilles bandes aussi gaiement que leurs descen-dants franchirent, sous la conduite d’un autre jeune homme,les ponts d’Arcole et de Lodi.
Depuis Gustave-Adolphe, la guerre s’était inspirée d’unplus libre génie. On croyait moins à la force matérielle, da-vantage à la force morale. La tactique était, si je puis dire,devenue spiritualiste. Dès qu'on sentait le dieu en soi, onmarchait, sans compter l’ennemi. Il fallait en tète un hommeaudacieux, un jeune homme qui crût au succès. Condé àFribourg jeta son bâton dans les rangs ennemis; tous lesFrançais coururent le ramasser.
La victoire engendre la victoire. Les lignes de Rocroyforcées, la barrière de l’honneur espagnol et impérial futforcée pour jamais. L’année suivante (1644), l’habile et vieuxMercy laisse emporter les lignes de Tbionville; Condé prendPhilisbourg et Mayence, la position centrale du Rhin. Mercyest de nouveau battu, et complètement, àNordlingue (1645).