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de mer par la destruction des pirates. En même temps ilportait dans l’administration politique une main hardie. Ildéfendait de rien vendre ou léguer à fonds perdu aux com-munautés [1661]. Il restreignit les exemptions d’impôts queles ecclésiastiques, les nobles et les bourgeois des villes fran-ches, étendaient à leurs fermiers, en les présentant commesimples valets. Il révoqua en 1664 toutes les lettres de no-blesse expédiées depuis 1630. Il déclara casuels tous les of-fices comptables, afin de les supprimer peu à peu. On re-proche à Colbert d'avoir encouragé le commerce plus quel’agriculture. Cependant il défendit de saisir pour paiementde la taille les lits, habits, chevaux, bœufs et outils des la-boureurs, et seulement le cinquième du bétail. Il maintintle blé à bas prix en défendant l’exportation. Il faut consi-dérer que la plus grande partie des terres étant alors entreles mains des grands et de la noblesse, les encouragementsdonnés à l’agriculture auraient moins profité au peuple qu’àl’aristocratie. Au contraire, le commerce était entre lesmains de la classe moyenne qui commençait à s’élever.
Cet homme sorti d’un comptoir avait le sentiment de lagrandeur de la France. Il oubliait son économie pour toutesles dépenses glorieuses. « Il faut, écrivait-il à Louis XIV,épargner cinq sols aux choses non nécessaires, et jeter lesmillions quand il est question de votre gloire. Un repas inu-tile de 3,000 livres me fait une peine incroyable, et lorsqu’ilest question de millions d’or pourl’affaire dePologne, jeven-drais tout mon bien, j’engagerais ma femme et mes enfants, etj’irais à pied toute ma vie pour y fournir. » Les principauxmonuments de Louis XIY, ses plus beaux établissements,Observatoire, Bibliothèque, Académies, tout cela revient àColbert. Il fit donner des pensions aux gens de lettres, auxartistes de France et même des pays étrangers. « Il n’y avaitpoint de savant distingué, dit un contemporain, quelqueéloigné qu’il fut de la France, que les gratifications n’al-lassent trouver chez lui. — « Quoique le roi ne soit pasvotre souverain, écrivait-il à l’hollaûdais Isaac Yossius, ilveut néanmoins être votre bienfaiteur. »