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On a besoin de marquer d’avance ces beaux et utiles ré-sultats pour se consoler de tant de revers de la France quirestent à raconter.
En 1689, elle porte à l’Allemagne un cruel défi. Elle metun désert entre elle et ses ennemis. Tout le Palatinat estbrûlé pour la seconde fois; Spire, Worms, plus de quarantevilles et villages sont incendiés. Deux généraux font tête enFlandre et aux Alpes, Luxembourg et Catinat; c’est encoreCondé et Turenne. Luxembourg, général d’inspiration etde mouvements soudains, faisant la guerre en grand sei-gneur, souvent surpris, jamais vaincu. Après ses belles ba-tailles de Fleurus, Steinkerque et Nerwinden [1680-92-95],d’où il remporta tant de drapeaux* on l’appelait le tapis-sier de Notre-Dame. Ce brillant général était disgracié dela nature. Guillaume disait toujours : « Ne pourrai-je doncbattre ce petit bossu? »
Catinat prenait la guerre comme science. C’était un offi-cier de fortune, sorti d’une famille de robe, d’abord avocat,premier exemple du général plébéien. Il y avait en cethomme quelque chose d’antique. Il fit son chemin lente-ment, à force de mérite; il commanda tard et ne fut jamaisen faveur. Il ne demandait rien, recevait peu, souvent re-fusait. Les soldats, qui aimaient sa simplicité et sa bonhom-mie, l’appelaient le Père la Pensée. La cour s’en servait àregret. Quand il eut battu le duc de Savoie à Staffarde, prisSaluces et forcé l’ennemi à Suze [1690], Louvois lui écri-vait : « Quoique vous ayez fort mal servi le roi cette cam-pagne, sa majesté veut bien vous conserver votre gratifica-tion ordinaire. » Catinat ne se rebutait de rien; il endurait,avec la même patience, les rudesses de Louvois et les diffi-cultés de cette dure guerre des Alpes.
Les plus grands coups se portèrent en Irlande et sur mer.Louis XIV voulait ramener l’Angleterre sous l’influencefrançaise. Il fit passer Jacques en Irlande ; il lui envoya ren-fort sur renfort, flotte sur flotte. Jacques échoua. Le secoursodieux des Français et des Irlandais confirma les Anglaisdans leur haine contre lui. Au lieu de soulever l’Écosse qui
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