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l’attendait, il resta en Irlande, il s’amusa aux sièges, et futbattu à là Boyne. Louis XIV ne se rebuta pas ; il lui donnade quoi armer et équiper trente mille hommes, et il tentad’en envoyer vingt mille; Tourville et d’Estrées devaient lesescorter avec soixante-quinze vaisseaux. Le vent arrêtantd’Estrées, Tourville se trouva avec quarante-quatre vais-seaux contre quatre-vingts. Il demanda des ordres à la cour.Louis XIV crut à sa fortune; et ordonna de forcer le pas-sage. Cette terrible bataille de la Hogue ne nous coûta quedix-sept vaisseaux, mais l’assurance, la fierté de notre ma-rine y périt. Elle était réduite, en 1707, à trente-cinq vais-seaux; elle ne s’est relevée qu’un instant sous Louis XVI.La bataille de la Hogue est pour les Anglais l’ère de la do-mination des mers [1692]. Louis XIV avait mis sur une deses médailles un Neptune menaçant, avec le mot du poëte :Quos ego ...» Les Hollandais en frappèrent une qui portaitpour légende : « Malurate fugam, regique lime (liciteveslro : Non illi imperium pelagi... »
Les ravages terribles de nos corsaires, des Jean Bart, desDuguay-Trouin, la sanglante bataille de Nerwinden gagnéepar Luxembourg, celle de Catinat à la Marsaille [1693],devaient peu à peu rendre les alliés plus traitables. Le ducde Savoie céda le premier. La guerre était finie pour lui :toutes ses places fortes étaient entre les mains des Français.On lui offrait restitution, et pour sa fille l’expectative dutrône de France; elle devait épouser le duc de Bourgogne,petit-fils de Louis XIV, héritier de la monarchie. La défec-tion de la Savoie [1696] décida peu à peu les autres. LaFrance garda le Boussillon, l’Artois, la Franche-Comté etStrasbourg; mais elle reconnut Guillaume. Au fond, c’étaitêtre vaincu (paix de Byswick, 1696).
Cette paix n’était qu’une trêve accordée aux souffrancesdu peuple. Une grande affaire occupait l’Europe. Il ne s’a-gissait plus de telle ou telle province d’Espagne, maisde la monarchie espagnole tout entière, avec Naples, lesPays-Bas, les Indes. On sait que Charles-Quint s’était cou-ché vivant dans son cercueil, et qu’il avait assisté à ses fu-