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nérailles; Charles II, le dernier de ses descendants, assistaità celles de la monarchie. Ce vieillard de trente-neuf ans,gouverné par sa femme, par sa mère, par son confesseur,influencé par tout le monde, faisait et défaisait son testa-ment. Le roi de France, l’empereur, le prince électoral deBavière et le duc de Savoie, tous sortis de princesse^ espa-gnoles, se disputaient d’avance ses dépouilles. On s’accordaittantôt pour le Bavarois, tantôt pour l’Autrichien, on parlaitaussi de démembrement. Le pauvre roi voyait vivant toutcela; il en était indigné. Tout ce qu’il savait, ignorant et in-certain qu’il ptait, c’est qu’il voulait garantir l’unité de lamonarchie espagnole. Il s’arrêta au prince le plus capablede maintenir cette unité ; il choisit un petit-fils de Louis XIV;puis, faisant ouvrir les tombeaux de I’Escurial, il exhumason père, sa mère, sa première femme, et baisa leurs os. Ine tarda pas à les rejoindre [1700].
Louis XIV accepta le legs et le péril. Il envoya en Espagne le second de ses petits-fils, le duc d’Anjou, qui futPhilippe V; il lui adressa au départ cette noble parole, quide siècle en siècle semblera plus vraie et plus profonde : « Iln’y a plus de Pyrénées. » La conséquence immédiate étaitune guerre européenne. Aussi, malgré l’avis de son conseil,se décida-t il à reconnaître le fils de Jacques II commeprince de Galles, et à soutenir à la fois la succession d’Es-pagne et celle d’Angleterre.
Il était pourtant bien tard pour commencer une telleguerre. Il y avait cinquante-sept ans qu’il régnait. Il avaitvieilli, tout avait vieilli. La France semblait pâlie de la vieil-lesse de son roi. Toutes ses gloires finissaient peu à peu.Colbert était mort,Louvois était mort, 1682 [1691], Ar-naud aussi et Boileau, et Racine, et LaFontaine, et madamede Sévigné; tout à l’heure va tomber et s’éteindre la grandevoix du siècle, Bossuet [1704]. La France, au lieu de Col-bert et Louvois, avait Chamillart, qui cumulait leurs minis-tères ; Chamillart était dirigé par madame de Maintenon,madame de Maintenon par Babbien, sa vieille servante.Chose bizarre, une autre femme gouvernait l’Angleterre