( 261 )
En 1701, Catinat cède l’armée au magnifique Villeroi,que le prince Eugène prend dans son lit à Crémone. Eugènen’y gagna pas. Yilleroi fut remplacé par Vendôme, petit-fdsde Henri IV, et vrai soldat, avec les mœurs d’une femme.Vendôme, comme son frère le grand-prieur, restait couchéjusqu’à quatre heures après midi. C’était l’un des plus jeunesgénéraux de Louis XIV ; il n’avait que cinquante ans. Lessoldats l’adoraient, aussi pour ses mauvaises qualités. Il yavait peu d’ordre, de prévoyance, de discipline, dans cettearmée; mais beaucoup d’audace et de gaîté. On réparaittout à force de courage.
Catinat commandait du côté de l’Allemagne, et sous luiVillars. Celui-ci, impatient de la prudence de son chef, ga-gne témérairement la bataille de Fridlingen (1702'; puis,perçant dans l’Allemagne, il gagne encore, malgré l’élec-teur de Bavière, allié de Louis XIV, la bataille de Hochstedt(1703). Villars excitait l’enthousiasme des soldats par sabravoure, ses vanteries, sa belle figure militaire. A Fridlin-gen, ils le proclamèrent maréchal de France sur le champde bataille.
La route de l’Autriche était ouverte, lorsqu’on apprit quele duc de Savoie venait de prendre parti contre la France etl’Espagne, contre ses deux gendres (1703). Jusqu’à cetteépoque, les alliés n’avaient eu aucun avantage signalé sur laFrance. Elle combattait pourtant sur toutes ses frontières etau-dedans, contre tout le monde et contre elle-même. Lescalvinistes des Cévennes, exaspérés par les rigueurs de l’in-tendant Basville, étaient en armes depuis 1702. On envoyacontre eux, entre autres généraux, Villars et Berwick. Cedernier était un Stuart, un fils naturel de Jacques II, quidevint un des premiers tacticiens du siècle.
Villars était éloigné en Languedoc, Catinat retiré lorsquel’armée d’Allemagne, confiée à MM. de Marsin et Tallard,éprouva à Hochstedt, sur le théâtre même de la victoire deVillars, une des plus cruelles défaites qu’ait essuyées laFrance. Ils s’étaient jetés à l’aveugle dans l’Allemagne, surla route de Vienne, lorsque Marlborough et Eugène leur