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Précis de l'histoire moderne : ouvrage adopté par le Conseil Royal de l'université, et prescrit pour l'enseignement de l'histoire moderne, dans les collèges royaux et dans tous les établissements d'instruction publique / par M. Michelet
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dant cinq campagnes de la dernière guerre, ce quon devaitpenser de cette réputation si habilement ménagée. Ces cam-pagnes furent du moins lucratives; il en rapporta de quoibâtir sur nos boulevards lélégant pavillon de Hanovre.

Vers la fin de cette ignoble guerre de Sept ans, laris-tocratie était tombée si bas, éclata la grande pensée plé-béienne. C était comme si la France eut crié à lEurope : Cenest pas moi qui suis vaincue. Dès 1750, le fils dun horlo-ger de Genève, Jean-Jacques Rousseau, vagabond, scribe,laquais tour à tour, avait maudit la science, en haine duphilosopbisme et de la caste des gens de lettres; puis mau-dit linégalité, en haine dune noblesse dégénérée [1754].Celte fièvre de dissolution niveleuse coula par torrents dansles lettres de la Nouvelle Héloïse [1750]. Le naturalismefut posé dans lEmile, le déisme dans la Profession de foi duvicaire savoyard [176;]. Enfin, dans le Contrat social apparu-rent ies trois mots de la Révolution, tracés dune main de feu.

La révolution, elle s'avançait, tellement irrésistible, quele roi, qui lentrevoyait avec épouvante, travaillait pour elleen dépit de lui, et lui frayait la voie. En 1763, il lui fondason temple, le Panthéon, qui devait recevoir Rousseau etVoltaire. En 1764, il abolit les jésuites; en 1771, le Parle-ment. Instrument docile de la nécessité, il abattait dunemain indifférente ce qui restait encore debout des ruinesdu moyen âge.

La société des jésuites, quon croyait si profondémentenracinée , fut anéantie sans coup férir dans toute lEurope.Ainsi avaient péri les templiers au quatorzième siècle, quandle système auquel ils appartenaient eut fait son temps. Onlivra les jésuites aux parlements, leurs ennemis acharnés.Mais de même que les pierres de Port-Royal étaient tom-bées sur la tête des jésuites, la chute de ceux-ci fut fataleaux parlements. Ces corporations, entraînées par leur po-pularité croissante et par leur récente victoire, voulaientsortir de leurs anciennes voies. Limparfaite balance de lavieille monarchie tenait à lélastique opposition des parle-ments qui remontraient, ajournaient, et finissaient par céder