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Précis de l'histoire moderne : ouvrage adopté par le Conseil Royal de l'université, et prescrit pour l'enseignement de l'histoire moderne, dans les collèges royaux et dans tous les établissements d'instruction publique / par M. Michelet
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respectueusement. Quelques têtes hardies et dures, entreautres le breton La Chalotais, entreprirent de les menerplus loin. Dans le procès du duc dAigui'.lon, ils tinrentferme, ils furent brisés [1771], Ce nétait pas aux juges deLally, de Calas, de Sirven et de Labarre, qu'il appartenaitde faire la révolution, encore moins à la coterie qui les ren-versa. Le spirituel abbé Terray et le facétieux chancelierMaupeou, alliés du duc dAiguillon et de madame duBarry,nétaient pas assez honnêtes gens pour avoir droit de fairele bien. Terray, qui eut les finances, remédia un peu au dé-sordre, mais par la banqueroute. Maupeou abolit la vénalitédescbarges,et voulut rendre la justice gratuite; mais personnene voulut croire quelle fût jamais gratuite entre les mainsdes créatures de Maupeou. Tout le monde se moqua de leurréforme, personne plus queux-mêmes. Un rire inextinguibleéclata à l'apparition des Mémoires de Beaumarchais.Louis XV les lut comme tout le monde, et y prit plaisir.Légoïste monarque distinguait mieux que personne le périlcroissant de la royauté, mais il jugeait avec raison quaprèstout, elle durerait encore plus que lui (mort en 1774).

Son infortuné successeur, Louis XVI, héritait de toutcela. Beaucoup de gens avaient conçu de tristes présages àloccasion des fêles de son mariage, plusieurs centainesde personnes furent étouffées. Cependant lavénement delhonnête jeune roi, sasseyant avec sa gracieuse épouse surle trône purifié de Louis XV, avait rendu au pays un im-mense espoir. Ce fut pour cette vieille société une époquede bonheur et de naïf attendrissement; elle pleurait, sad-mirait dans ses larmes, et se crQyait rajeunie. Le genre à lamode était l'idylle, dabord les fadeurs de Florian, l'inno-cence de Gessner, puis limmortelle églogue de Paul et Vir-ginie. La reine se bâtissait dans Trianon un hameau, uneferme. Les philosophes conduisaient la charrue, par écrit.« Choiseul est agricole et Voltaire est fermier.» Tout lemonde sintéressait au peuple, aimait le peuple, écrivaitpour le peuple ; la bienfaisance était de bon ton, on faisaitde petites aumônes et de grandes fêtes.