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Précis de l'histoire moderne : ouvrage adopté par le Conseil Royal de l'université, et prescrit pour l'enseignement de l'histoire moderne, dans les collèges royaux et dans tous les établissements d'instruction publique / par M. Michelet
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Pendant que la haute société jouait sincèrement cette co-médie sentimentale, continuait le grand mouvement dumonde, qui dans un moment allait tout emporter. Le vraiconfident du public, le Figaro de Beaumarchais devenaitplus âcre chaque jour; il tournait de la comédie à la satire,de la satire au drame tragique. Royauté, Parlement, no-blesse, tout chancelait de faiblesse; le monde était commeivre. Le philosophisme lui-même était malade, de la mor-sure de Rousseau et de Gilbert. On ne croyait plus ni à lareligion, ni à lirréligion; on aurait voulu croire pourtant;les esprits forts allaient incognito chercher des croyancesdans la fantasmagorie de Cagliostro et dans le baquet deMesmer. Cependant retentissait autour de la France et à souinsu,léternel dialogue du scepticisme rationnel : au nihilismedttume répondait le dogmatisme apparent de Kant, et pardessus, la grande voix poétique de Goethe, harmonieuse,immorale et indifférente. La France, émue et préoccupée,nentendait rien de tout cela. LAllemagne poursuivait lépo-pée scientifique; la France accomplissait le drame social.

Ce qui fait le triste comique de ces derniers jours de lavieille société, cest le contraste des grandes promesses et dela complète impuissance. Limpuissance est le trait communde tous les ministères dalors. Tous promettent, et ne peuventrien. M. de Choiseul voulait défendre la Pologne, abaisserlAngleterre, relever la France par une guerre européenne,et il ne pouvait suffire aux dépenses de la journée; sil eûtvoulu exécuter ses projets, les parlements qui le soutenaientlauraient abandonné. Maupeou et Terray ôtent les parle-ments, et ne peuvent rien mettre à la place; ils veulent ré-former les finances, et ils ne sappuient que sur les voleurs dutrésor public. Sous Louis XYI, le grand, lhonnête, le con-fiant Turgot [1774-1776] propose le vrai remède : lécono-mie et labolition du privilège. A qui les propose-t-il? auxprivilégiés qui le renversent. Cependant la nécessité lesoblige dappeler à leur aide un habile banquier, un éloquentétranger, un second Lavv, mais plus honnête. Necker pro-met merveille, il rassure tout le monde, il nannonce poinf

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