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La Henriade : avec les notes / poème par Voltaire
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CHANT I. 3q

Rome, qui sans soldats porte en tous lieux la guerre.Aux mains des Espagnols a remis son tonnerre :Sujets , amis, parents, tout a trahi sa foi;

Tout me fuit, m’abandonne, ou s’arme contre moi;Et l’Espagnol avide, enrichi de mes pertes,

Tient en fonle inonder mes campagnes désertes.

Contre tant d’ennemis ardents à m’outrager,

Dans la France à mon tour appelons l’étranger :

Des Anglais en secret gagnez l’illustre reine.

.Te sais qu’entre eux et nous une immortelle haineNous permet rarement de marcher réunis,

Que Londre est de tout temps l’émule de Paris :Mais, après les affronts dont ma gloire est flétrie,

Je n’ai plus de sujets, je n’ai plus de patrie.

Je hais, je veux punir des peuples odieux :

Et quiconque me venge est Français à mes yeux.

Je n’occuperai point dans un tel ministèreDe mes secrets agents la lenteur ordinaire ;

Je n’implore que vous : c’est vous de qui la voixPeut seule à mon malheur intéresser les rois.

Allez en Albion ; que votre renomméeY parle en ma défense , et ra’y donne une armée.

Je veux par votre bras vaincre mes ennemis ;

Mais c’est de vos vertus que j’attends des amis.

Il dit; et le héros, qui, jaloux de sa gloire ,Craignait de partager l’honneur de la victoire ,Sentit, en l’écoutant, une juste douleur.

Il regrettait ces temps si chers à son grand cœur,Où, fort de sa vertu, sans secours, sans intrigue,Lui seul avec Condé faisait trembler la ligue.

Mais il fallut d’un maître accomplir les desseins :

Il suspendit les coups qui partaient de ses mains 5