40 LA HENKIADE,
lit, laissant ses lauriers cueillis sur ce rivage,
A partir de ces lieux il força son courage.
Les soldats étonnés ignorent son dessein ;
Et tous de son retour attendent leur destin.
Il marche. Cependant la ville criminelleLe croit touj ours présent, prêt à fondre sur elle ;
Et son nom, qui du trône est le plus ferme appui,Semait encor la crainte, et combattait pour lui.
Déjà des Neustriens il franchit la campagne :
De tous ses favoris, Mornay seul l’accompagne,Mornay, son confident, mais jamais son flatteur;Trop vertueux soutien du parti de l’erreur ;
Qui, signalant toujours son zele et sa prudence,Servit également son église et la France ;
Censeur des courtisans, mais à la cour aimé ;
Fier ennemi de Rome, et de Rome estimé.
A travers deux rochers où la mer mugissanteTient briser en courroux son onde blanchissante,Dieppe aux yeux du héros offre son heureux port.Les matelots ardents s’empressent sur le bord :
Les vaisseaux, sous leurs mains fiers souverains desondes,
Etaient prêts à voler sur les plaines profondes ;L’impétueux borée, enchaîné dans les airs,
Au souffle du zéphyr abandonnait les mers :
On leve l’ancre, on part, on fuit loin de la terre.
On découvrait déjà les bords de l’Angleterre:L’astre brillant du jour à l’instant s’obscurcit;
L’air siffle, le ciel gronde, et Fonde au loin mugit ;Les vents sont déchaînés sur les vagues émues :
La foudre étincelante éclate dans les nues ;
Et le feu des éclairs* et l’abyme des flots,