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La Henriade : avec les notes / poème par Voltaire
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CHANT II. Si

Elle arma le courroux de deux sectes rivales.

Dreux, qui vit déployer leurs enseignes fatales,

Fut le tliéâtre affreux de leurs premiers exploits.

Le vieux Montmorenci, près du tombeau des rois,D’un plomb mortel atteint par une main guerriere,De cent ans de travaux termina la carrière.

Onise, auprès d’Orléans, mourut assassiné.

Mon pere malheureux, a la cour enchaîné,

Trop faible, et malgré lui servant toujours la reine,Traîna dans les affroüts sa fortnne incertaine;

Et, toujours de sa main préparant ses malheurs,Combattit et mourut pour ses persécuteurs.

Condê, qui vit en moi le seul fils de son frere,M’adopta, me servît et de maître et de pere ;

Son camp fut mon berceau; là, parmi les guerriers,Nourri dans la fatigue à l'ombre des lauriers,

De la cour avec lui dédaignant l’indolence,

Ses combats ont été les jeux de mon enfance.

O plaines de Jarnac î ô coup trop inhumain !Barbare Montesqniou , moins guerrier qu’assassin,Condé, déjà mourant, tomba sous ta furie.

.1 ’ai vu porter le coup ; j ’ai vu trancher sa vie ;

Hélas 1 trop jeune encor, mon bras, mon faible brasNe put ni prévenir ni venger son trépas.

Le ciel, qui de mes ans protégeait la faiblesse,Toujoars à des héros confia ma jeunesse.

Coligny, de Condé le digue successeur,

De moi, de mon parti, devint le défenseur.

Je lui dois tout, madame, il faut que je l’avoue;

Et d’un peu de vertu si l’Europe me loue,

Si Rome a souvent meme estimé mes exploits,

C’est à vous, ombre illustre, â vous que je le dois.