S* LA HENRIADE.
Les regards éblouis de l’Europe confuse :
Le mensonge subtil qui conduit ses discours,
De la vérité meme empruntant le secours,
Du sceau du Dieu vivant empreint ses impostures,Et fait servir le ciel à venger ses injures.
A peine la discorde avait frappé ses yeux,
Elle court dans ses bras d’un air mystérieux ;
Avec un ris malin la flatte, la caresse ;
Puis preuant tout-à-coup un ton plein de tristesse.Te ne suis plus, dit-elle, en ces temps bienheureuxOù les peuples séduits me présentaient leurs vœux,Où la crédule Europe, a mon pouvoir soumise,Confondait dans mes lois les lois de son église,e parlais ; et soudain les rois humiliésDu trône, en frémissant, descendaient à mes pieds ;Sur la terre, à mon gré, ma voix soufflait les guerres ;Du haut du Vatican je lançais les tonnerres ;
Je tenais dans mes mains la vie et le trépas ;
Je donnais, j’enlevais, je rendais les états.
Cet heureux temps n’est plus. Le sénat de la FranceEteint presque en mes mains les foudres que je lance;Plein d’amour pour l’église, et pour moi plein d’hor-reur,
Il ôte aux nations le bandeau de l’erreur :
C’est lui qui, le premier, démasquant mon visage,Vengea la vérité, dont j’empruntais l’image.
Que ne pnis-je, ô discorde, ardente à te servirLe séduire lui-mème, ou du moins le punir !
Allons, que tes flambeaux rallument mon tonnerreCommençons par la France à ravager la terre ;
Que le prince et l’état retombent dans nos fers.
Elle dit, et soudain s’élance dans les aks.