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La Henriade : avec les notes / poème par Voltaire
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S* LA HENRIADE.

Les regards éblouis de l’Europe confuse :

Le mensonge subtil qui conduit ses discours,

De la vérité meme empruntant le secours,

Du sceau du Dieu vivant empreint ses impostures,Et fait servir le ciel à venger ses injures.

A peine la discorde avait frappé ses yeux,

Elle court dans ses bras d’un air mystérieux ;

Avec un ris malin la flatte, la caresse ;

Puis preuant tout-à-coup un ton plein de tristesse.Te ne suis plus, dit-elle, en ces temps bienheureuxOù les peuples séduits me présentaient leurs vœux,Où la crédule Europe, a mon pouvoir soumise,Confondait dans mes lois les lois de son église,e parlais ; et soudain les rois humiliésDu trône, en frémissant, descendaient à mes pieds ;Sur la terre, à mon gré, ma voix soufflait les guerres ;Du haut du Vatican je lançais les tonnerres ;

Je tenais dans mes mains la vie et le trépas ;

Je donnais, j’enlevais, je rendais les états.

Cet heureux temps n’est plus. Le sénat de la FranceEteint presque en mes mains les foudres que je lance;Plein d’amour pour l’église, et pour moi plein d’hor-reur,

Il ôte aux nations le bandeau de l’erreur :

C’est lui qui, le premier, démasquant mon visage,Vengea la vérité, dont j’empruntais l’image.

Que ne pnis-je, ô discorde, ardente à te servirLe séduire lui-mème, ou du moins le punir !

Allons, que tes flambeaux rallument mon tonnerreCommençons par la France à ravager la terre ;

Que le prince et l’état retombent dans nos fers.

Elle dit, et soudain s’élance dans les aks.