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La Henriade : avec les notes / poème par Voltaire
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CHANT VI. 113

Cependant des Anglais la formidable élite,

Par le vaillant Essex à cet assaut conduite,

Marchait sous nos drapeaux pour la première fois,

Et semblait s’étonner de servir sous nos rois.

Ils viennent soutenir l’honneur de leur patrie,Orgueilleux de combattre, et de donner leur vie,

Sur ces mêmes remparts et dans ees mêmes lieuxOù la Seine autrefois vit régner leurs aïeux.

Essex monte à la breche où combattait d’Aumale;Tous deux jeunes, brillants, pleins d’une ardeur égale,Tels qu'aux remparts de Troie onpeintles demi-dieux.Leurs amis,tout sanglants,sont en foule autour d’eux:Français , Anglais, Lorrains, que la fureur assemble,Avançaient, combattaient, frappaient, mouraientensemble.

Ange qui conduisiez leur fureur et leur bras ,Auge exterminateur, ame de ces combats,

De quel héros enfin prîtes vous la querelle?

Pour qui pencha des deux la balance éternelle?Long-temps Bourbon, Mayenne, Essex, et son rival,Assiégeants, assiégés, font un carnage égal.

Le parti le plus juste eut enfin l’avantage :

Enfin Bourbon l’emporte, il se fait un passage ;

Les ligueurs fatigués ne lui résistent plus,

Es quittent les remparts, iis tombent éperdus.

Comme on voit un torrent, du haut des Pyrénées,Menacer des vallons les nymphes consternées:

Les digues qu’on oppose à ses flots orageuxSoutiennent quelque temps son choc impétueux;Mais bientôt, renversant sa barrière impuissante,

H porte au loin le bruit, la mort et l’épouvante,Déracine, en passant, ces chênes orgueilleux