CHANT VIII. 13y
De bataillons sanglants, de troupes renversées ,
Henri pousse, s’avance, et se fait un chemin.
Le grand Mornayle suit, toujours calme et serein.
Il veille autour de lui tel qu’un puissant génie ,
Tel qu’on feignait jadis, aux champs de la Phrygie ,De* la terre et des cieux les moteurs éternelsMêlés dans les combats sous l’habit des mortels;
Ou tel que du vrai Dieu les ministres terribles ,
Ces puissances des cieux,ces êtres impassibles,Environnés des vents, des foudres, des éclairs ,k D’un front inaltérable ébranlent l’univers.
Il reçoit de Henri tous ces ordres rapides,
De l’âme d’un héros mouvements intrépides,
Qni changent le combat , qui fixent le destin :
Aux chefs des légions il les porte soudain.
L’officier les reçoit ; sa troupe impatienteRéglé, au son de sa voix, sa rage obéissante.
On s’écarte, on s’unit, on marche en divers corps;Un esprit seul préside à ces vastes ressorts.
Mornay revoie au prince, il le suit, il l’escorte ;
Il pare, en lui parlant, plus d’un coup qu’onlui porte ;Mais il ne permet pas à ses stoïques mains1 De se souiller du sang des malheureux humains.
De son roi seulement son aine est occupée :
Pour sa défense seule il a tiré l’épée ;
Et son rare courage , ennemi des combats ,
Sait affronter la mort, et ne la donne pas.
De Turenne déjà la valeur indomtéeRepoussait de Nemours la troupe épouvantée.
D’Ailly portait par-tout la crainte et le trépas ;D’Aillv tout orgueilleux de trente ans de combats,Et qui, dans les horreurs de la guerre cruelle ,